À toutes les semaines,  un article paraît dans le feuillet 
de notre
église
afin de souligner le centenaire de notre paroisse

St-Joseph-de-Manseau
1905 – 2005


Notre histoire remonte à 1823.  Un de nos anciens paroissiens ( M. Gaétan Soucy ) en fait le récit sous forme de chroniques qu'il me fait également parvenir chaque semaine.  Je le remercie sincèrement et je le félicite au nom de la population pour le travail colossal qu'il fait.



Chronique 1,  2,  3,  4,  5,  6,  7,  8,  9,  10,  11,  12,  13,  14,  15,  16,  17,  18,  19,  20,  21,  22, 23, 24, 25,
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Chronique no 1

L'histoire de Manseau se confond, à l'origine, avec celle du Canton de Blandford érigé en 1823. Auparavant, seuls les trappeurs et les bandes indiennes sillonnaient ce territoire compris entre les Seigneuries de Lévrard et de Gentilly d'une part et la rivière Bécancour d'autre part.

Suite à une requête de Jean et Charles Lagueux ainsi que de Jean Langevin de Gentilly, le gouvernement commença à concéder des lots dès 1823 principalement à des miliciens de Gentilly et de St-Pierre-les-Becquets. Mais personne n'occupa ces lots et il n'y eut de tentative de colonisation nulle part. En fait, les nouveaux propriétaires découvrirent qu'il était plus profitable de vendre leurs terres à des commerçants de Québec, dont Louis Massue et ses associés. Ceux-ci entreprirent de couper tout le bois de chêne et de pin qui se trouvait sur ce vaste territoire pour les besoins de la construction navale en Angleterre. Vers 1850, cette première coupe étant épuisée, les terres de Blandford retombèrent dans l'oubli.
Chronique no 2

En 1849, Louis Massue avait vendu ses terres de Blandford à Peter Patterson, de Québec. Par le jeu des acquisitions, mariages et successions, le contrôle de cet immense domaine forestier passa finalement en 1892 aux mains de Herbert Molesworth Price et de son épouse, Sarah Amelia Martha Hall, arrière petite-fille de Peter Patterson. H.M. Price était bien décidé, lui, à tirer profit de la forêt et il allait effectivement laisser son nom à I'industrie des pâtes et papiers au Québec.

Mais disposer du bois était une chose, l'exploiter en était une autre. Un chantier d'une telle ampleur allait nécessiter l'engagement de centaines de bûcherons que l'on devrait transporter, loger, nourrir et ravitailler pendant des années. Surtout, il faudrait sortir le bois, l'acheminer vers les grands centres de Drummondville et Montréal, là où il était nécessaire. Mais comment? En 1829, on avait bien ouvert la route du Domaine entre Gentilly et St-Louis-de-Blandford mais elle était si mauvaise que l'on raconte que les animaux (chevaux, vaches, etc.) qui s'en éloignaient un tant soit peu risquaient, à certains endroits, de s'enliser dans les tourbières de sorte qu'il fallait parfois abattre sur place les pauvres bêtes, faute de pouvoir les tirer de là. De toute façon, la route n'allait pas dans la direction voulue. Non, décidément, il fallait trouver autre chose pour ouvrir et exploiter cet immense territoire

Chronique no 3

Herbert M. Price n'était pas le seul à s'intéresser au potentiel forestier de Blandford. À la même époque, on retrouvait, dans la région de Drummondville, un groupe d'hommes d'affaires très influents et dynamiques connu sous la raison sociale "Church, Mitchell et Fee". Charles Church et William Mitchell en constituaient les piliers mais ils n'étaient pas seuls.

Ces associés disposaient d'importantes concessions forestières dans cette région et avaient compris qu'en l'absence de bonnes routes, la clé de I'exploitation de ces terres reposait sur le chemin de fer. C'est pourquoi, en 1886, ils avaient créé "La Compagnie de Chemin de Fer du Comté Drummond" qui construisit deux tronçons de voie ferrée entre Drummondville et Nicolet puis, St-Hyacinthe. Le tracé, naturellement, traversait leurs concessions.

En 1892, le même groupe fondait la "Drummond Lumber Company" qui achetait aussitôt de Herbert M. Price un droit de coupe de bois portant sur 40,000 hectares dans Blandford et ailleurs. En mai 1893, une autre de leurs entreprises, "La Compagnie du Chemin de Fer de Blandford", entreprenait de prolonger la voie ferrée à partir de St-Léonard d'Aston vers l'est jusqu'à la Petite Rivière du Chêne. Les travaux furent si rondement menés que, dès novembre 1893, Forestdale (Lemieux) était atteinte et, en octobre 1894, la Petite Rivière du Chêne. On appela cet endroit Moose Park.

Chronique no 4

Dès la fin mai 1895, un gros moulin à scie construit par la "Drummond Lumber Company'' entrait en opération, situé au nord-est du village actuel, près de la Petite Rivière du Chêne. Ce moulin était relié à la voie ferrée principale au moyen d'un tronçon secondaire appelé "side line". En même temps, la "Drummond Lumber" avait érigé sur la rivière, près du moulin à scie, une digue ("dam" permettant de hausser le niveau d'eau et de créer un vaste étang artificiel séparé en deux par le tracé du chemin de fer) propice au flottage du bois et à la drave. Cette compagnie construisit en plus une gare et divers bâtiments, du côté nord de la voie ferrée, pour servir d'entrepôt, d'ateliers et de résidences pour ses employés.

L'activité forestière et économique battait son plein à Moose Park: environ 500 ouvriers travaillaient à la construction du chemin de fer qui se poursuivait vers Villeroy sans compter les bûcherons affectés à la coupe du bois et les employés du moulin à scie. Plusieurs convois chargés de bois et de marchandises diverses utilisaient chaque jour la nouvelle ligne de chemin de fer. À peine arrachée à la forêt, Moose Park débordait d'activité et était en plein essor.

Chronique no 5

La fête de Pâques 1896 voit la célébration de la première messe à Moose Park, par l'abbé Georges Brunel, qui était de passage; la seconde aura lieu I'année suivante par l'abbé Milot et la troisième également en 1897 par l'abbé Alfred Manseau, curé de Ste-Anne-du-Sault. Si ces messes sont le résultat d'initiatives isolées et n'ont rien d'officiel, elles contribuent néanmoins à raffermir le tissu social, à créer un sentiment d'appartenance chez tous ces individus issus de paroisses différentes et qui doivent apprendre à vivre ensemble. Enfin, en novembre 1898, Mgr Gravel, évêque du diocèse de Nicolet, nomme l'abbé Alfred Manseau missionnaire desservant (mais non résidant) de la mission de Moose Park, pour voir aux besoins spirituels des gens de I'endroit une fois par mois.

L'abbé Alfred Manseau célébrera le 11 décembre 1898 la première messe "officielle" dans la chapelle des draveurs, une bâtisse située près de la rivière et aménagée pour la circonstance. Or, à cette époque, l'abbé Manseau hébergeait dans son presbytère de Ste-Anne-du-Sault un jeune homme qui venait de terminer ses études quelques années auparavant et qui était au repos. Ce jeune homme à la santé délicate était son frère, l'abbé Martial Manseau, dont I'action allait être déterminante pour l'avenir de Moose Park.

Chronique no 6

Le 18 mai 1900, l'abbé Alfred Manseau obtient de l'évêché le transfert à son frère Martial de sa charge de missionnaire desservant de Moose Park. Mais l'abbé Martial Manseau, qui ne fait pas les choses à moitié, obtient plutôt de résider en permanence à Moose Park. Son intention est d'oeuvrer à l'établissement d'une paroisse nouvelle à cet endroit.  l'idée fait d'ailleurs son chemin;  la mission compte à l'époque une trentaine de maisons et la Drummond Lumber Company a même fait dresser un plan de lotissement des terrains lui appartenant au sud de la voie ferréè en prévision de l'installation de nouveaux arrivants.  

En juillet 1900, l'abbé Martial Manseau achète de la Drummond Lumber 3 terrains de 75'x 100'au prix de $25.00 chacun, situés à l'angle des rues St-Alphonse et St-Georges, côté est. Sur le terrain situé en coin, il fait construire une maison dont le haut servira de presbytère et le bas, d'école sous la direction de Mlle Aurore Monfette. Cette école remplacera celle en bois rond construite en pleine forêt en 1896 sur la terre de Marc Deslandes aujourd'hui dont Mlle Louise Beaudet avait été la première institutrice. Mais alors que tous les espoirs semblent permis, de gros nuages sombres commencent à planer au-dessus de Moose Park.

Chronique no 7

Au printemps 1902, la Drummond Lumber Company cesse toutes ses opérations à Moose Park. Non seulement la Drummond ferme le moulin à scie mais elle rétrocède en plus à Herbert M. Price, les terrains acquis en 1893 avec toutes les bâtisses dessus construites, y compris la gare et le moulin à scie. Cette fermeture du seul véritable employeur entraîne un abandon presque complet de Moose Park. Outre l'abbé Martial Manseau qui prend les choses en mains, ne restent sur les lieux que 8 familles, soit celles de Wilfrid Caron, Hilaire Bergevin, Philippe Lemay, Aimé Roy, Xénophon Marrier, Georges Taillon, Cyriac Kirouac et Réal Poulin. ll est clair que la survie de la mission dépend plus que jamais de la vente des terres de Herbert M. Price à des fins de colonisation. L'abbé Martial Manseau et d'autres feront des représentations en ce sens auprès de Price mais ce dernier tarde à prendre une décision favorable.

Le début de l'année 1903 n'apporte aucun réconfort, au contraire. En mai, suivant une période de sécheresse, des étincelles crachées par des locomotives au charbon de l'lntercolonial allument une série de feux le long de la voie ferrée jusqu'à Ste-Anne-du-Sault. En quelques heures tout est dévasté à Moose Park: la gare, le moulin à scie, la chapelle et la plupart des bâtiments sont rasés par les flammes. Au mois d'août suivant, un feu d'abattis hors contrôle en provenance de Ste-Sophie ajoute encore aux destructions à Moose Park. Selon la petite histoire, une seule maison survivra aux incendies de 1903; il s'agit de celle de Georges Taillon et cette maison existe toujours aujourd'hui. Elle est située sur la rue St-Georges, première maison au nord de la voie ferrée, côté est.

L'abbé Martial Manseau parvient à relocaliser temporairement les familles qui ont tout perdu à Villeroy et Laurier Station. L'avenir, la survie même de Moose Park semblent bien compromis.

Chronique no 8

Les incendies de 1903 hâtèrent-ils la décision de Herbert M. Price de vendre ses terres ? C'est possible car, le 11 août 1903 soit à l'époque du second incendie, Albert Daigle se porte acquéreur de 7,138 acres de terre de H. M. price au prix de $9,530.00 . La vente porte sur tous les lots du 7e rang, une partie des rangs 8 et 9 (rang du Petit-Neuf) et comprend tout le territoire du village actuel.

En somme, Albert Daigle devient propriétaire de ce qui allait devenir le coeur de la future paroisse. Entre autres conditions, Daigle s'engage à livrer 1,500 cordes de bois de pulpe à H. M. Price pour son usine de Montmorency, au prix de $5.25 chacune. Cette clause montre bien qu'en dépit des coupes de la Drummond Lumber pendant près de dix ans et les ravages causés par les incendies, il reste toujours du bois en quantité appréciable à Moose Park et qu'il est possible de compter sur cette ressource pour assurer la relance de la mission .

Albert Daigle est né à St-Édouard de Lotbinière en 1870. Son père étant décédé à l'âge de 44 ans, il finit par reprendre le commerce de beurre et fromage de ce dernier. Puis, il oriente ses activités vers St-Flavien, où il devient commerçant de bois. Il connaît bien H.M. Price avec lequel il avait fait affaires dans le passé. Une fois la transaction conclue, Albert Daigle s'occupe activement de recruter des colons à Moose Park pour leur vendre ses terres et les défricher. ll a aussi besoin de journaliers et de bûcherons pour travailler à la coupe du bois et à la reconstruction. En même temps, il construit un petit moulin à scie, pour le bardeau de cèdre semble-t-il, à peu près sur I'emplacement actuel du moulin Savoie Frères ainsi qu'une boulangerie et un magasin général pour répondre aux besoins immédiats des nouveaux arrivants. Il faut rappeler ici que seule la voie ferrée relie encore Moose Park aux paroisses voisines à cette époque.

Des colons commencent à s'établir, attirés par les modestes subventions du Ministère de I'Agriculture et de la Colonisation qui leur permettent de survivre tant bien que mal les premières années, le temps de défricher un petit lopin de terre. Lentement, Moose Park renaît de ses cendres. D'autres personnages sont aussi sur le point de faire leur entrée dont l'un, en particulier, exercera une influence décisive sur I'histoire de notre paroisse.

Chronique no 9

Albert Daigle n'était pas le seul à s'intéresser aux terres de H.M. Price. Quelque temps après la transaction avec Daigle, Price vend à la Moose Park Lumber Company 6,223 acres de terre, situées essentiellement dans le rang Belgique. Cette compagnie, qui regroupe des commerçants francophones de St- Germain-de-Grantham et dont le gérant est J.-A. Laferté, entreprend de construire immédiatement un moulin à scie sur I'emplacement du moulin de la Drummond Lumber détruit par le feu en 1903 et engage des journaliers pour y travailler. La Moose park Lumber construit également plusieurs bâtisses pour ses besoins dont une grande maison de pension pouvant recevoir 45 personnes, située près de la voie ferrée.

En 1904, la famille Savoie, sous le nom de Savoie Cie, se porte acquéreure des terres appartenant à J.-O. Tousignant, un avocat de Québec; ces terres constituent les 9e et 10e rangs de Lévrard (rang Petit-Montréal). Le gérant de la famille à Moose Park, J.-Alcide Savoie, viendra s'établir en permanence à partir de 1905. Enfin, un quatrième grand propriétaire, la Lotbiniere Lumber Company possède aussi des terres dans les 8e et 9e rangs (Petit-Neuf) acquises des frères King en 1902 mais ne participera pas activement au développement de Moose Park.

De son côté, l'abbé Martial Manseau ne chôme pas. Après le désastre de 1903, il fait des démarches auprès du député fédéral de l'époque, Jacques Bureau, pour obtenir une indemnité pour les familles ayant tout perdu dans l'incendie. ll lui faut une nouvelle école, une nouvelle chapelle. ll apporte son aide aux nouveaux arrivants, les colons surtout, qu'il conseille et seconde sur les conditions d'établissement. ll doit aussi s'acquitter des tâches de son ministère dans des conditions difficiles.  Mais tous ces efforts rapportent:  fin 1904,  Moose Park compte déjà 225 âmes réparties en 45 familless.  Comme la mission avait été complètement abandonnée un an auparavant suite aux incendies, le redressement est spectaculaire et ce n'est qu'une question de temps aavant qu'une paroisse ne soit constituée officiellement à cet endroit.  Mais le choix d'un nouveau nom en remplacement de "Moose Park" commençait à se poser:  allait-on appeler la future paroisse "Manseau" ou "Albertville"?

Chronique no 10

Le choix d'un nouveau nom pour Moose Park se complique du fait que l'abbé Martial Manseau et Albert Daigle ne s'entendent guère et ce dès août 1904. ll ne s'agit, pour le moment, que de trouver un nouveau nom à la gare puisque la paroisse n'est pas encore constituée mais tout le monde comprend que le nouveau nom, une fois choisi, a toutes les chances de rester à I'avenir.

L'abbé Martial Manseau défend son travail de missionnaire avec vigueur. Il est là depuis le début, s'est acquitté de son ministère avec zèle et dévouement dans des conditions difficiles là où tout était à faire et même, à refaire, après les incendies de 1903. Il n'a jamais perdu de vue la création d'une paroisse à Moose Park et a fait de nombreuses démarches en ce sens.

De son côté, Albert Daigle soutient que sans lui pour acheter les terres de H.M. Price et les ouvrir à la colonisation, il n'y aurait pas de nouvelle paroisse, que son action a été déterminante. Il a pris un risque financier considérable dans I'aventure, recruté activement des colons et des journaliers qui s'établissent sur "ses" terres, dans "son" village et il fait tout en son pouvoir pour favoriser leur installation et leur succès.

La population est divisée. Alcide Savoie et plusieurs anciens appuient l'abbé Martial Manseau mais Albert Daigle compte de nombreux supporters chez ceux qu'il a recrutés. Mais on doit choisir un seul nom. Finalement, le député Jacques Bureau qui connaît bien l'abbé Martial Manseau et qu'il favorise, intercède auprès du ministre fédéral responsable des chemins de fer. Au printemps 1905, le choix est fait et la gare portera désormais le nom de "Manseau". Mince consolation pour Albert Daigle cependant: le nom Albertville continuera d'être utilisé localement pendant plusieurs années encore. Mais cette querelle causera entre ces deux hommes méritants une rupture profonde qui entraînera finalement le départ du prêtre fondateur.

Chronique no 11

L'année 1905 s'annonce décisive et bien remplie. Le 16 mai, à la suite du dépôt d'une requête signée par de nombreux citoyens, Mgr Brunault, évêque de Nicolet, érige canoniquement la paroisse sous le nom de Saint-Joseph-de-Blandford.  L'abbé Martial Manseau devient ainsi, officiellement, le premier curé de la paroisse  née le 16 mai 1905.  Les premiers marguilliers comptent  Cyriac kirouac,  Élie Bédard, Arsène Baril, Alcide Savoie  et Albert Daigle.

À l'automne, après de nouvelles frictions avec l'abbé Martial Manseau concernant le contenu du contrat, Albert Daigle cède finalement le terrain nécessaire pour la construction d'une église et l'établissement d'un cimetière. Il recevra, en contrepartie, sa vie durant pour lui-même et sa famille, le banc de son choix dans la nouvelle église. La première sépulture à Manseau sera celle d'Hubert Kirouac, le père de Cyriac Kirouac; le premier mariage, celui d'Alfred Tancrède et Lumina Patry.

C'est aussi en 1905 qu'Alcide Savoie s'installe en permanence à Manseau. Il construit une grande bâtisse sur la rue St-Georges dont le bas servira de magasin géneral et le haut, de résidence personnelle. Olivier Crochetière, son gérant, l'accompagne. Cet homme compétent et dévoué verra à la gestion quotidienne des affaires d'Alcide Savoie jusqu'à la mort de ce dernier en 1933 et contribuera largement à son succès.

Le 16 mars 1905 un médecin, Damase Larue, acquiert un emplacement sur la rue St-Georges; il sera, possiblement, le premier médecin de Manseau.  On assiste également, en cette même année, à la construction du moulin Drolet situé sur la rue Ste-Sophie, côté ouest, à la sortie nord du village; il s'agit d'un troisième moulin à Manseau, après ceux de la Moose Park Lumber et d'Albert Daigle.  La vente de terres aux colons va bon train de sorte que Manseau connaît à l'époque une expansion rapide de sa population.

Chronique no 12

Au début de 1906, les conditions paraissent réunies pour entreprendre la construction de l'église à Manseau. Le devis du projet et surtout, le financement constituent une nouvelle pomme de discorde entre l'abbé Martial Manseau et Albert Daigle. On s'entend néanmoins assez bien pour débuter les travaux au printemps. Ceux-ci sont complétés à l'automne et une première messe est célébrée dans la nouvelle église en octobre. Xénophon Marrier en sera le premier sacristain.

Mais on s'aperçoit bientôt que l'abbé Martial Manseau a emprunté, pour la construction de l'église, plus d'argent que les marguilliers n'ont autorisé. L'affaire, envenimée par les conflits de personnalité, prend une ampleur démesurée. Quelque temps après, l'abbé Martial Manseau écrit à l'évêque de Nicolet une lettre dans laquelle il se plaint amèrement de l'attitude de certains marguilliers qui lui tournent le dos, que la population le juge bien sévèrement et que l'on désire ardemment son départ pour régler le différent à l'amiable. Le 18 mars 1907, Mgr Brunault, dans l'intérêt général, déplace l'abbé Martial Manseau dans une autre paroisse. Celui-ci se réconciliera toutefois dans les années à venir avec ses anciens paroissiens, retournant à I'occasion dans la paroisse qui porte son nom pour diverses célébrations et même parfois, comme invité d'honneur lors de certaines fêtes.

Originaire de Drummondville, l'abbé Martial Manseau est né le 2 septembre 1870 (quelques jours après Albert Daigle, né en août 1870). Son père exerce la profession de notaire. ll fréquente successivement le séminaire de Joliette, le Grand Séminaire de Montréal, le Collège de Rigaud et, de nouveau, le Grand Séminaire de Montréal. Ordonné prêtre en 1895 au diocèse de Nicolet, il aura une vie sacerdotale bien remplie. ll prend sa retraite en 1940 après avoir été curé pendant 12 ans à Ste-Sophie-de-Lévrard. Enfin, il se retire à I'hôpital Christ-Roi à Nicolet où il décède le 2 août 1951 (quelques jours avant Albert Daigle, décédé lui aussi en août 1951 par une étrange ironie du sort).

Chronique no 13  

Entretemps, l'ouverture des terres à la colonisation se poursuit activement.  Vers 1907, environ la moitié des terres sitiuées dans le rang d'En-Haut (7e et 8e rang) ont été concédées.  C'est que pour attirer de nouveaux venus aux moyens souvent modestes, Albert Daigle consent des conditions avantageuses.  Ainsi, il est possible pour un colon de devenir propriétaire et prendre possession d'une terre en bois debout sans débourser un sou.  Sa seule obligation consiste à payer à Albert Daigle une rente annuelle fixée au contrat; par exemple, pour une terre de 3 arpents de largeur par 28 de profondeur valant $336.00, la rente est de $16.80 par année.  Lorsque ses moyens le lui permettent, le colon a toujours la possibilité d'obtenir un titre clair en remboursant à Albert Daigle le capital, soit la somme de $336.00 et il est alors dégagé de toute obligation envers ce dernier.

C'est cette rente annuelle ressemblant au cens dû par les censitaires à leur seigneur sous l'ancien régime seigneurial qui vaudra à Albert Daigle d'être appelé, à l'occasion, le "seigneur"; mais il faut bien préciser que le régime seigneurial avait été aboli au Québec en 1854 et que les terres de Blandford, concédées sous le régime anglais, n'ont jamais été constituées en seigneurie.

L'année 1907 voit aussi l'ouverture d'un chemin reliant Manseau à Ste-Sophie-de-Lévrard, longtemps retardé à cause de la méfiance des gens de Ste-Sophie qui craignaient que le développement ne se fasse à Manseau à cause de la voie ferrée. En même temps, une première ligne de téléphone construite par Albert Daigle relie aussi les deux paroisses. En 1911, Alcide Savoie construira une deuxième ligne de téléphone vers Notre-Dame-de-Lourdes mais le nombre des utilisateurs des deux lignes reste étonnamment faible: seulement 3 abonnés après plusieurs années. La population peut cependant compter sur le télégraphe à la gare pour les urgences en plus du service postal régulier assuré par le train.

Lentement mais sûrement, Manseau rompt son isolement de station forestière et commence à tisser des liens régionaux avec les autres paroisses.

Chronique no 14  

Au printemps 1907, l'abbé Alphonse Houle remplace l'abbé Martial Manseau. Le nouveau curé, au physique imposant, ne craint pas à l'occasion de réprimander sans ménagement ses paroissiens du haut de la chaire pour dénoncer leurs travers et les inciter à une vie plus édifiante. Comme l'abbé Martial Manseau, il n'autorise pas la danse mais compense cette apparente sévérité par un dévouement exemplaire au service des siens.

Un peu avant son arrivée, une bourrasque de vent violent endommage l'église toute neuve: ébranlée, elle est maintenant inclinée sur ses fondations. On répare les dégâts avec grand peine. Mais l'église reste un édifice simple qui trahit les moyens modestes de ceux qui l'ont construite. On n'y retrouve que le strict minimum pour les besoins du culte: au début, seuls les femmes et les enfants ont de quoi s'asseoir, les hommes devant rester debout. Mince consolation: le gouvernement fédéral verse finalement une somme de $5,000.00 à titre d'indemnité pour les dommages subis lors des incendies de 1903 et que I'abbé Martial Manseau avait réclamée pour ses paroissiens.

L'étape suivante consiste à mettre de l'ordre sur le plan municipal. Jusqu'alors, toutes les terres situées au nord d'une ligne traversant la paroisse à la hauteur de la ferme Dionne dans le rang d'En-Haut dépendent, sur le plan municipal, de Ste-Sophie-de-Lévrard et paient taxes à cet endroit. Par contre, toutes les terres situées au sud de cette ligne sont rattachées à St-Louis-de-Blandford.

Après des démarches en ce sens, la corporation municipale de St-Joseph-de-Blandford voit enfin le jour le 3 août 1908. ll est intéressant de noter que le territoire de notre municipalité est plus étendu à ce moment qu'il ne l'est aujourd'hui. ll comprend en effet les 9e et 10e rangs de Lévrard (Petit-Montréal) au complet ainsi qu'une partie du rang A de Blandford, territoires perdus en partie au profit de Lemieux lors de la formation de cette dernière paroisse en 1922.

Chronique no 15  

Vers 1910, Manseau compte environ 700 âmes et les nouveaux venus affluent de partout. La tâche redoutable de transformer cette forêt ravagée par les incendies et les coupes de bois en champs productifs revient aux colons. Les 3 premières années, le gouvernement leur accorde des subsides qui suffisent à peine à assurer la survie. Après, le colon est laissé à lui-même. Les plus chanceux s'installent sur des terres déjà dégagées partiellement par les incendies et les coupes mais d'autres doivent s'attaquer à la forêt debout avec pour seuls outils, la hache, le sciotte et le godendard.

Le colon dégage d'abord une éclaircie pour construire un abri temporaire, souvent un camp en bois rond, qu'il n'occupe pas l'hiver généralement. Puis, le défrichement commence: les arbres sont abattus, mis en tas et brûlés. Les premières années, le colon sème entre les souches, le temps de les laisser pourrir afin de les enlever plus facilement.  L'essouchage se fait à l'aide d'un boeuf, d'un cheval; on utilise le treuil et le cabestan si possible.  On applanit le terrain aiu moyen d'une large pelle tirée par un cheval ou un boeuf et on creuse les fossés à petite pelle.

Lorsque ses moyens le lui permettent, le colon peut songer à construire une grange-étable qui abritera une ou deux vaches et un cheval s'il est à l'aise puis, une maison pour y fonder une famille si ce n'est déjà fait.

Les premières années sont critiques: le colon doit chercher un revenu d'appoint dans les chantiers I'hiver, vendre le bois mou coupé sur sa terre ou la potasse utilisée comme engrais, qu'il récupère après avoir brûlé les troncs d'arbres d'essences feuillues. Le gibier constitue une part importante de son alimentation.

Mais nombreux sont ceux qui découvrent que cette vie dure et exigeante ne leur convient pas. D'autres examinent avec méfiance la couleur trop jaune à leur goût des sols minces et sableux de Manseau, jugés peu propres à la culture. Les départs sont nombreux. Mais il se trouve toujours de nouveaux arrivants pour prendre la place de ceux qui quittent afin de poursuivre avec une foi en l'avenir, un courage et une ténacité admirables la tâche de bâtir un pays en ces lieux.

Chronique no 16  

Les 3 moulins à scie en opération (Drolet, Moose Park Lumber et Savoie Cie) emploient plusieurs dizaines de journaliers et constituent le coeur économique de Manseau vers 1910. Le chômage n'existe pas: on a toujours besoin quelque part de bras pour aider à construire maisons, étables, remises ou pour défricher. De nombreux bûcherons récoltent le bois dans ce qui reste de forêts pour alimenter les moulins. Il faut ensuite empiler ou "cager" le bois scié sur des wagons à destination des grands centres. Mais tout ce travail est dur, pénible, les heures longues et la paye suffit à peine à subvenir aux besoin des familles nombreuses du temps. Le sort des journaliers est à peine moins pénible que celui des colons. 

Comme tout se fait à bras, Ies accidents de travail, les blessures de toutes sortes sont nombreux. Plusieurs médecins viendront offrir leurs services mais jusqu'à l'arrivée du Dr Malchelosse vers 1912, aucun de ceux-ci ne s'établira en permanence. Les Drs Damase Larue (vers 1905-6), Lapierre (1907-8) et Robitaille (8 mois en 1908) ne feront que passer.

Trois trains s'arrêtent à la gare de Manseau chaque jour et assurent ainsi une circulation efficace des personnes et marchandises avec les centres voisins. En fait, la voie ferrée, bon marché et accessible toute I'année, se montre infiniment plus pratique que les mauvais chemins de terre qu'on améliore progressivement entre Ste-Sophie-de-Lévrard et Notre-Dame-de-Lourdes. ll n'est pas rare non plus de voir un train express censé relier les grands centres directement, s'arrêter d'urgence à Manseau pour faire monter à son bord un blessé grave ou un grand malade qu'on ne peut soigner sur place et l'acheminer vers I'hôpital le plus proche et ce, dans un esprit d'entraide et de solidarité typique de l'époque.

La création de la corporation municipale en 1908 avait constitué aussi un progrès notable. Elle permet à la population de se prendre en mains et de voir elle-même à ses propres affaires sans avoir à passer par le conseil de Ste-Sophie comme, par exemple, l'ouverture des écoles de rangs et I'engagement des institutrices. Le premier conseil élu comprend: Cyriac Kirouac, Jeffrey Desrosiers, Louis Turgeon, Élie Bédard, J.-A. Laferté, gérant de la Moose Park Lumber et Orquisson Lemay. Albert Daigle est élu maire et Émery Daigle occupera la charge de secrétaire-trésorier pendant plusieurs années à venir.

Chronique No 17  

L'abbé Alphonse Houle, qui avait remplacé l'abbé Martial Manseau en 1907, ne restera finalement que 3 ans et demi. À son départ de Manseau, il se voit confier les destinées de la paroisse de Notre-Dame-du-Bon-Conseil où il décède subitement, dans son presbytère, le 28 février 1925; il sera inhumé sous l'église de cet endroit. L'abbé Georges Labissonnière le remplace à Manseau à compter du 15 septembre 1910. Quelques mois plus tard, la Fabrique autorise le déménagement du cimetière situé tout juste à l'arrière de l'église vers son emplacement actuel: la rivière, beaucoup plus importante à cette époque, inondait le cimetière tous les printemps.

Le premier rôle d'évaluation de la municipalité, établi en 1912, permet de constater les progrès accomplis en moins de 10 ans. La paroisse compte déjà 60 cultivateurs et colons déclarant $100.00 ou plus (la moyenne est de $305.00) de bâtiments sur leurs terres (maisons, granges, remises, etc.). Ils ont produit ensemble, pour l'année 1911, 5,604 boisseaux d'avoine (un boisseau d'avoine pèse environ 18 kgs ou 40 livres), 2,945 boisseaux de pommes de terre et 773 tonnes de foin. On retrouve 1,053 acres de terre améliorée (défrichée ou en voie de l'être), 809 acres en grande culture et 241 acres en pâturages. Ces chiffres dénotent des rendements modestes mais on ne dispose pas encore de la machinerie et des engrais d'aujourd'hui pour augmenter la productivité.

L'année 1912 voit cependant la fermeture du moulin de la Moose Park Lumber, construit en 1904 sur le site de l'ancien moulin de la Drummond Lumber. La Moose Park Lumber liquide toutes ses affaires à Manseau. Alcide Savoie se porte acquéreur de toutes tes terres appartenant à cette compagnie ainsi que du moulin. Il en déménagera tout l'équipement dans un nouveau moulin à scie construit spécialement tout près de la voie ferrée, côté sud-ouest, dans le rang Belgique qui lui appartient maintenant en totalité.

À compter de 1913, Alcide Savoie fera d'importants chantiers sur ses terres de Belgique et du Petit-Montréal et le moulin du rang Belgique restera en opération le temps de ces chantiers. La fermeture du moulin de la Moose Park Lumber n'aura finalement que peu d'impact sur Manseau, ce qui témoigne de la vitalité de cette jeune communauté.

Chronique no 18   

À cette époque de développement accéléré, alors que l'on s'occupe à bâtir et défricher et que la nouvelle communauté s'organise progressivement, la gestion des écoles s'avère primordiale. En fait, la loi oblige les municipalités à fournir des services d'instruction de base aux écoliers, de plus en plus nombreux. Ainsi, en 1912, on prend la décision de construire une première véritable école centrale pour répondre aux besoins immédiats et futurs du village. Elle sera construite sur le terrain de l'école actuelle mais plus près de la rue St-Alphonse. L'inauguration a lieu le 18 août 1913 et I'on compte 141 é!èves à Ia rentrée de septembre. Les Soeurs de l'Assomption de Nicolet se voient confier l'administration de cette école; elles en fourniront également le corps enseignant. La Révérende Mère Sainte-lda en assume la direction de 1913 à 1916. D'autres écoles verront aussi le jour dans les rangs, en commençant par le rang d'En-Haut, au fur et à mesure que les besoins se font sentir et que le nombre d'élèves le justifie.

L'année 1912 voit également l'apparition, à Manseau, d'une nouveauté appelée à révolutionner le monde des transports: l'automobile. La toute première automobile est une Ford à pédales, propriété d'Alcide Savoie. Albert Daigle, O.Taillon et Olivier Crochetière suivront bientôt son exemple. Mais l'automobile ne reste, à ses débuts, qu'une attraction, le jouet de gens à I'aise. L'absence de chemins ouverts l'hiver et même de véritables bonnes routes l'été, restreint son utilisation à une courte période de l'année. Dans de mauvais chemins encore parsemés de pierres, de souches et mal égouttés, l'automobile risque de s'enliser là où une voiture tirée par un bon cheval passe sans problème.

Rares étaient ceux qui pouvaient prévoir à l'époque que cette mécanique bruyante et puante, qui tombait en panne trop souvent, allait détrôner le cheval en moins de trente ans et changer à jamais notre mode de vie.

Chronique no 19  

Vers 1914, l'aspect du village de Manseau est bien différent de celui d'aujourd'hui. Les photos prises vers 1910 montrent que les champs environnant le village sont encore parsemés de souches d'arbres noircies, résultat des incendies de 1903; souches que les gens récupèrent d'ailleurs pour servir au chauffage. Toutes les rues de Manseau sont en terre battue avec un fossé creusé de chaque côté pour le drainage; elles sont poussiéreuses l'été, détrempées et défoncées l'automne et le printemps, entretenues tant bien que mal au rouleau I'hiver.

Les trottoirs de bois ont commencé à faire leur apparition. Il n'y a aucun arbre, sauf de jeunes repousses ici et là. On note cependant la présence de poteaux de téléphone et même d'électricité avec lampadaires pour éclairer certains bouts de rues car le moulin à scie Savoie possède une dynamo à vapeur qui produit de l'électricité pour les besoins du moulin, du magasin général et de quelques maisons environnantes.

La rue St-Georges (ou Wellington, comme elle s'appelle encore à cette époque) est sans contredit l'artère principale de Manseau. La plupart des commerces s'y concentrent: le bureau de poste tenu par Jos Neveu, une cordonnerie, le magasin général et le moulin à scie Savoie, le magasin de la Moose Park Lumber, tout juste racheté par Albert Daigle. On y retrouve les maisons du Dr Malchelosse et à partir de 1915, celle du notaire Frédéric Paré. En 1917, une succursale de la Banque Canadienne Nationale y verra le jour, tenue par Marie Kirouac. On y rencontre aussi un petit restaurant, propriété de Dieudonné Fleury.

La rue St-Albert est la seconde en importance pour le nombre de maisons avec, de chaque côté, la gare et la maison des cessionnaires ainsi que la forge d'Alphonse Kirouac. La rue St-Alphonse peut s'enorgueillir de la présence de l'église, du presbytère et de la fromagerie d'Achille Desrochers.

Mais la rue la plus ancienne de Manseau demeure la rue Moose Park avec sa douzaine de petites maisons toutes pareilles, construites par la Moose Park Lumber en 1904 pour loger ses employés travaillant au moulin à scie situé tout à côté et dont quelques unes subsistent encore aujourd'hui quoique agrandies et modifiées considérablement. Quant aux rues Ste-Marie, Ste-Sophie et St-Joseph (la future rue des Peupliers), elles se construiront au fur et à mesure que les terrains se feront rares dans les autres rues.

Chronique no 20  

La construction du village de Manseau se fait à une époque où un grand nombre de canadiens-français émigrent aux États-Unis, à la recherche d'une vie meilleure. On estime que, de 1840 à 1930, près d'un million d'entre eux s'établiront dans les états de la Nouvelle-Angleterre: Vermont, Maine, etc. Nos compatriotes viendront donc en contact avec les façons de faire des Américains dont ils emprunteront les techniques notamment dans le domaine de l'architecture et de la construction.

Il n'est donc pas surprenant de constater que les maisons construites à Manseau au début des années 1900 s'inspirent et ressemblent à celles retrouvées en Nouvelle-Angleterre à la même période. Il s'agit de maisons en bois, à pignon, d'un étage et demi (quelques fois deux), à fenêtres à guillotine et à charpente claire dont les murs creux sont, le plus souvent, remplis de bran de scie pour servir d'isolant. Le carré repose sur un solage de pierres sèches, les toits sont à pente douce généralement sans lucarnes. Le bardeau de cèdre sert à recouvrir les toits et les murs mais on remarque également la présence sur ces derniers, de déclin, de lattes de bois ou plus simplement, de planches de bois posées debout. On voit parfois des moulures pour orner portes, fenêtres et galeries. Il faut aussi relever la présence sur la rue St-Albert de quelques maisons à toit mansard, d'inspiration américaine aussi, toutes construites par Odilon Cajolet après 1913 et dont l'avantage était d'augmenter sensiblement l'espace disponible au deuxième étage.

Toutes ces maisons diffèrent beaucoup des maisons traditionnelles québécoises, massives et trapues, qui remontent à nos origines françaises, que l'on retrouve dans les vieilles paroisses et que l'on peut facilement reconnaître à leurs toits arrondis, leurs carrés pleins pièces sur pièces, leurs fenêtres à 6 carreaux s'ouvrant par le milieu au moyen de pentures.

Dans l'ensemble, les maisons construites à Manseau au début, non encore altérées par les propriétaires subséquents, sont simples mais élégantes, avec des lignes légères ainsi que des proportions harmonieuses. Les menuisiers du temps, adroits et ingénieux, savaient faire beaucoup avec peu; c'étaient des bâtisseurs.

Chronique no 21  

Au mois d'août 1914 la guerre éclate en Europe et le Canada doit se ranger au côté de l'Angleterre. Malgré les assurances du début à l'effet que seuls les volontaires iraient combattre, le gouvernement canadien se voit contraint de voter la loi sur le service obligatoire en août 1917 pour compenser les pertes épouvantables subies en Europe. Les anglophones approuvent la conscription mais les francophones la rejettent massivement. Des émeutes éclatent à Montréal et Québec. À cet endroit, la police refuse d'intervenir contre les émeutiers mais fait appel à des soldats de Toronto qui, eux, n'hésiteront pas à tirer sur la foule tuant 4 personnes et blessant plusieurs autres en avril 1918. La conscription sera un échec cinglant: sur les 400,000 hommes conscrits en janvier 1918 moins de 20,000 se présenteront dans les bureaux de recrutement à travers le Canada. La plupart se prévaudront d'exemptions diverses, d'autres se cacheront dans les greniers, les granges avec la police militaire lancée à leurs trousses...

À tort ou à raison, certains pensent que de s'établir sur une terre leur évitera d'aller au combat. À compter de 1914, Manseau accueillera plusieurs jeunes hommes désireux de s'installer sur des terres. En fait, la population de Manseau passera de 850 en 1914 à 1,058 en 1918. Le rang d'En-Haut étant passablement occupé, les nouveaux venus se fixeront surtout dans les autres rangs: le rang d'En-Bas, le Petit-Montréal et surtout, la Belgique qui compte déjà quelques habitants dont une famille de Belges, les Brown. Mais il faudra attendre 1917 et la construction d'un pont sur la rivière, large et profonde en ce temps-là, à la sortie est du village pour véritablement ouvrir le Petit-Neuf à la colonisation. Même le 10e rang de Blandford ou Cordon-des-Bédard recevra quelques colons.

On comprend facilement que ces nouveaux arrivants, surtout désireux d'échapper au service militaire, ne feront pas des colons très motivés. Laissés à eux-mêmes, plusieurs abandonneront lorsque le danger d'aller au combat aura disparu. Par contre, d'autres persisteront et finiront par s'attacher à leur coin de terre qu'ils mettront en valeur au cours des années à venir.  

Chronique no 22  

 Un autre événement majeur en 1918 fut l'épidémie (plus exactement, la pandémie) de grippe espagnole. En dépit de son nom, on croit la maladie venue de Chine; elle aurait transité par les États-Unis jusqu'en Espagne, pour se répandre au reste du monde. C'était une forte grippe (influenza) accompagnée de maux de tête, d'étourdissements, de fatigue et de fièvre intense. Elle était extrêmement contagieuse.

Dans notre région, les premiers cas déclarés apparaissent à Victoriaville en août 1918, un mois inhabituellement froid et pluvieux où les récoltes pourrissaient debout, dit-on. Le congrès eucharistique qui eut lieu en début septembre de cette même année à Victoriaville s'avère un facteur de propagation de la grippe car les gens qui proviennent des quatre coins de la province et même des États-Unis se rassemblent pour cette manifestation religieuse. Très tôt, l'on comprit la gravité de la situation. L'état d'épidémie fut déclaré le 23 septembre 1918 au Québec: on ferma les écoles, les cinémas. Les hôpitaux furent rapidement débordés; on aménagea les écoles fermées en dispensaires où s'entassaient les malades. L'épidémie connut sa phase aiguë à la mi-octobre, diminua en novembre et la situation redevint progressivement normale en décembre.

Plusieurs paroisses aux environs de Manseau furent durement touchées avec des taux de mortalité double (Notre-Dame-de-Lourdes) ou triple (St-Louis-de-Blandford) de la normale. Laurierville perdra 8% de sa population en l'espace de quelques semaines. Par contre, notre paroisse fut largement épargnée. On ne compte que 27 sépultures pour toute l'année 1918 à Manseau soit sensiblement le même nombre que les années précédentes. Plusieurs attribuèrent ce résultat aux bons soins du Dr Malchelosse qui n'hésitait pas à concocter lui-même ses remèdes dans son laboratoire, à partir d'herbes et de plantes qu'il cueillait ici et là.

À l'échelle du Québec, 530,000 personnes (1 personne sur 5) contractèrent la maladie; de ce nombre 13,500 en moururent. L'épidémie laissa de nombreux orphelins qu'il fallut accueillir dans les orphelinats publics agrandis pour l'occasion. À l'échelle mondiale, la grippe espagnole fit 22,000,000 de morts en quelques mois soit trois fois plus que la guerre de 1914-18 en 4 ans de combats. C'est, encore à ce jour, la pire épidémie à avoir frappé l'humanité.

 Chronique no 23  

 Le 11 novembre 1918 la paix revient enfin en Europe et annonce des temps meilleurs. Sur le plan militaire, les frères Ovide et Martial Girard semblent les seuls citoyens de Manseau à avoir participé aux combats de la guerre 1914-18. Originaires de Ste-Rosalie, ces vétérans s'établirent à Manseau après 1918 et vécurent dans le rang Belgique jusque dans les années 1960 s'adaptant tant bien que mal au retour à la vie civile.

Il faut également souligner l'établissement à Manseau, en 1917, d'une manufacture de traitement de mica, la "Mica Works Co". Le minerai de mica se divise facilement en lamelles ou feuillets minces utiles à l'industrie mais ce travail doit être fait à la main. Doté de propriétés isolantes et résistant à la chaleur, le mica se prêtait bien à la fabrication de pièces d'équipement et de produits reliés à l'électricité dont on avait besoin pour l'effort de guerre notamment. Située sur la rue St-Georges, cette manufacture poursuivra ses opérations en temps de paix en utilisant surtout de la main d'oeuvre féminine. Mme Léonida Paquin aujourd'hui âgée de 93 ans est possiblement la dernière personne de cette paroisse à avoir travaillé à cet endroit.

L'année 1918 voit le départ de l'abbé Georges Labissonnière. Né à Batiscan le 19 juin 1866 de parents cultivateurs, il est ordonné prêtre le 27 juillet 1897. C'était un érudit, un homme de savoir: avant d'être curé, il avait enseigné les belles-lettres, la chimie et la physique. À son départ de Manseau, il dirigera les destinées de la paroisse de St-Wenceslas jusqu'à son décès survenu le 12 avril 1921. Il repose au cimetière de St-Wenceslas. L'abbé Labissonnière semble avoir laissé un bon souvenir aux gens de Manseau qui, après son départ, changeront le nom de la rue principale, la rue Wellington à l'époque, en rue St-Georges en son honneur (la rue St-Alphonse étant ainsi nommée selon l'abbé Alphonse Houle et la rue St-Albert, d'après Albert Daigle). Son successeur, l’abbé Jules Richard allait connaître, un an et demi après sa nomination, une fin particulièrement tragique

Chronique no 24 

 Le jour de la Fête-Dieu, le 22 juin 1919, se produit à Manseau le premier accident mortel impliquant une automobile et le train. Ce jour-là, l'automobile conduite par Georges Taillon dans laquelle prenait place son épouse, l'abbé Jules Richard et sa servante ainsi que l'épouse du Dr. Malchelosse fut heurtée par un train bondé de soldats démobilisés qui rentraient chez eux. La voiture fut déchiquetée et ses cinq occupants, tués sur le coup. Cet accident sera suivi dans les années à venir d'autres incidents et déraillements qui vaudront à Manseau la réputation d'être l'un des endroits les plus dangereux pour la circulation ferroviaire au Québec.

L'abbé Jules Richard était né le 11 juillet 1870 à St-Louis-de-Blandford de parents cultivateurs. Ses études terminées au Séminaire de Nicolet, il est ordonné prêtre le 19 août 1900. Il repose au cimetière de St-Louis-de-Blandford. Après son décès, l'abbé Armand Champoux s'occupera de la paroisse temporairement, le temps de trouver un remplaçant à l'abbé Richard en la personne de l'abbé Ulric Leblanc.

Un autre événement régional qui allait faire le tour du monde fut le décès à Fortierville, le 12 février 1920, d'Aurore Gagnon, l'enfant martyre. L'autopsie ayant révélé que la fillette de 10 ans et demi était décédée d'une infection massive causée par des coups et des plaies non traités, le père, Télesphore Gagnon, forgeron et son épouse en secondes noces, Marie-Anne Houde, furent accusés du meurtre d'Aurore. Prétendant qu'elle n'avait plus sa tête en raison de problèmes de grossesse, Marie-Anne Houde fut néanmoins condamnée à mort le 21 avril 1920 mais, ayant donné naissance quelques mois plus tard à des jumeaux à la prison de Québec (Jeanne d'Arc et Jean-Roch, tous deux décéderont en bas âge), sa sentence sera commuée en prison à vie deux jours avant son exécution. Transférée à la prison de Kingston, Ontario, elle sera libérée pour raisons de santé le 29 juin 1935 (elle était atteinte du cancer du sein) et décédera à Montréal le 12 mai 1936. Télesphore Gagnon, pour sa part, fut condamné à la prison à vie le 4 mai 1920. Il sera rapidement libéré le 8 juillet 1925, on ne sait trop pourquoi. Il refera sa vie à Fortierville et décédera en août 1961 non sans s'être remarié une troisième fois.

Chronique no 25  

 Les années 1920, appelées aussi les "années folles", constituent une période d'essor et de développement économique sans précédent. Mais cette prospérité, mal répartie, entraîne aussi ses propres maux: les excès réels ou supposés du capitalisme entraînent un brassage des idées sociales du temps, un regain de vie du syndicalisme, de l'agitation ouvrière avec, en arrière-plan, l'éveil des nationalismes un peu partout à travers le monde y compris au Québec.

C'est dans ce contexte que Manseau se forge, dans les années 1920, une identité, une personnalité propre basée sur un tissu social stable et homogène. La population de Manseau qui est de 1,198 âmes en 1921 soit sensiblement le même nombre que de nos jours (mais la population est plus jeune en 1921 et répartie en un moins grand nombre de familles ou maisonnées qu'aujourd'hui), n'augmentera plus de façon significative à l'avenir. La paroisse devient une grande famille où tous se connaissent et où les familles sont alliées entre elles par les mariages. Il y a, bien sûr, des départs et des arrivées mais les vieilles familles forment un noeud qui assure la stabilité et la continuité.

La prospérité économique pousse certains individus entreprenants à se lancer dans le commerce. Certains de ces commerces, fondés en 1920, deviendront des institutions à Manseau: comme le commerce ouvert par Georges Barabé à l'angle des rues St-Albert et des Peupliers et qui deviendra par la suite le dépanneur "Chez Moïse", là où les nouvelles locales s'échangent en même temps que les marchandises; le magasin général de Gatien Trempe, rue St-Georges, établi et agrandi à partir du commerce de lingerie de sa soeur, Marie-Flore; la boucherie d'Henri Raymond, qui existe toujours, modernisée, rue St-Albert; la boulangerie d'Alphonse L'Heureux, reprise à sa mort en 1924 par Joseph Trempe et rachetée en 1927 par Antonio Paillé; la forge d'Émile Bernier, rue des Peupliers, où se trouve le garage Gaston Soucy; la beurrerie d'Émile Charland et Omer Lecomte. D'autres commerces, par contre, connaîtront une existence plus courte comme l'épicerie-boucherie de Joseph Demers, rue St-Albert et le commerce d'automobiles de Damase Champagne sur la rue St-Georges, qu'Alcide Savoie, pour ne pas être en reste, avait cru bon de compléter par l'installation, à son magasin général, d'une première pompe à essence actionnée à bras. Chacun cherchait le succès individuel à sa manière et tous concouraient ainsi au bien-être collectif.

Chronique no 26 

 En 1922, les résidants du village de Manseau demandent, par voie de requête, l'autorisation de former leur propre conseil municipal, séparé de la campagne. Le gouvernement ayant accédé à cette demande, Manseau sera divisé, civilement, à partir de 1922, en deux conseils municipaux distincts: la corporation municipale du village de Manseau d'une part et celle de la paroisse de St-Joseph-de-Blandford, d'autre part.

On ne sait trop ce qui a motivé cette décision à l'origine mais il ne fait pas de doute qu'elle ait été voulue et approuvée par les dirigeants les plus influents de Manseau qui, tous, demeuraient au village. On peut penser que les habitants du village étaient réticents à payer pour des services à la campagne dont ils ne bénéficiaient pas directement comme la construction des écoles dans les rangs, l'engagement des institutrices, etc. Il se peut aussi que les gens de la campagne se soient opposés à un projet du village comme, par exemple, la construction des trottoirs de ciment dont ils ne se serviraient jamais et les gens du village auront alors décidé d'aller de l'avant avec ce projet qui leur tenait à coeur même si, pour ce faire, ils devaient se détacher de la campagne.

Quoiqu'il en soit, pour répondre aux besoins différents du village et de la campagne, nos dirigeants de l'époque ne trouvèrent pas mieux que la séparation des conseils. Il faut préciser que cette manière de faire était à la mode du temps et que de nombreuses municipalités environnantes firent de même. Mais dans les faits, cette décision basée sur des motifs raisonnables en apparence, semble, avec d'autres facteurs déterminants, avoir exercé une influence plutôt négative sur le développement de notre paroisse en divisant les ressources financières et humaines disponibles au lieu de les canaliser dans l'intérêt mutuel de la communauté. Rappelons qu'à partir des années 1920, Manseau ne se développera plus avec le même dynamisme que celui manifesté aux cours de ses 20 ou 30 premières années d'existence. Le premier conseil élu du village en 1922 comprendra: Orquisson Lemay, Eusèbe Barbeau, Émile Charland, les frères Arthur et Émile Bernier ainsi qu'Albert Daigle. Joseph Sylvestre en sera le premier maire alors que le notaire J.-Frédéric Paré agira en tant que secrétaire-trésorier, poste qu'il occupera du reste, au sein des deux conseils séparés, jusqu'en 1949

Chronique no 27 

Au moment où survient la séparation des conseils à Manseau en 1922, la paroisse de Lemieux est, elle aussi, érigée civilement en municipalité et il faut bien lui attribuer un territoire, prélevé naturellement chez ses voisins. Manseau doit donc céder environ 10% de son propre territoire à Lemieux soit une partie du Petit-Montréal (la "colonie") et les terres du rang A de Blandford avec le lac St-Louis. Les terres cédées par Manseau à Lemieux, toutes inhabitées et difficiles d'accès, sont des lots vacants à la Couronne (appartenant au gouvernement du Québec). Comment expliquer la présence de terres de la Couronne là où se trouvaient auparavant des terres concédées depuis longtemps à des particuliers?

Il faut se rappeler qu'au fil des ans, Alcide Savoie s'était porté acquéreur de grandes étendues de terre dans Manseau. Entre 1913 et 1919 alors qu'il y faisait chantier, il avait bien tenté de vendre ses terres à des fins de colonisation mais sans grand succès de sorte qu'elles constituaient maintenant un boulet à traîner. Élu représentant de Nicolet à l'Assemblée Nationale de Québec à la faveur d'une élection complémentaire en 1917, il réussit à conclure une entente avec le gouvernement du Québec aux termes de laquelle il échangeait toutes ses terres non encore vendues à Manseau contre, entre autre, des concessions forestières en Mauricie. Du jour au lendemain, les terres d'Alcide Savoie qui représentaient environ 40% de la superficie totale de Manseau passèrent de la propriété privée à celle de la Couronne ou de l'État.

À cause des superficies en cause, cette transaction eut des répercussions majeures. Tout d'abord, le gouvernement du Québec ne payant pas de taxes foncières sur les terrains lui appartenant à l'époque, le conseil de la paroisse perdit des revenus de taxes très substantiels. Ensuite, elle rendait l'acquisition des lots cédés à l'État beaucoup plus difficile car il fallait, pour acquérir une terre de la Couronne, s'engager par écrit à respecter des conditions d'établissement et de défrichement très stricts avant de pouvoir obtenir un titre clair par la suite. Enfin, elle venait altérer le régime des droits de mines détenus par les propriétaires de ces lots, déterminé essentiellement par la date de concession de chaque terre. Cela explique pourquoi, sur deux terres voisines, l'un des propriétaires peut posséder des droits de mines complets alors que le voisin n'en a aucun.

Chronique no 28 

La croissance économique des années 1920 entraîne une augmentation de la demande de matières premières. Pour répondre à la demande sans cesse croissante de bois, Alcide Savoie construit un nouveau moulin à scie vaste et moderne -le moulin actuel, rue St-Georges- tout juste à côté de l'ancien qui sera démoli un peu plus tard. Ce nouveau moulin entrera en opération à l'été 1923, après le décès de l'épouse d'Alcide Savoie, Arthémise Beaudet, originaire de Deschaillons. En même temps, le Canadien National construit, face au nouveau moulin à scie, une cour de triage constituée d'une série de tronçons de voie ferrée, placés côte à côte et reliés entre eux, où les wagons individuels peuvent être triés, chargés et déchargés avant d'être incorporés à un convoi précis. Manseau devient le centre ferroviaire le plus important entre Québec et Drummondville.

Un peu auparavant, Alcide Savoie avait également construit, rue des Peupliers, "La Savoyarde", une ferme modèle de 210 arpents dont 160 en culture. C'était une ferme très considérable à l'époque avec une trentaine de bêtes à cornes, des chevaux, des porcs, des volailles, etc. Elle comprenait un grand verger et des plantations de petits fruits. À l'origine, Calixte Chabot, Victor Trottier et Évangéliste Goupil veillaient aux travaux de la ferme. Plus tard, d'autres y travailleront également: Achille Beauchemin, Georges Dupont, Antoine Guévin et Antonio Couture. Une série de pavillons d'été de modèles différents, construits sur la rue des Peupliers pour recevoir parents et amis, complétait la ferme; de ces pavillons, il ne subsiste plus aujourd'hui que "le château", déménagé au bout de la rue des Peupliers et qui servait de dortoir pour les employés à l'époque.

Entretemps, d'autres innovations technologiques faisaient leur apparition, dont la radio.  En octobre 1922, la station CKAC de Montréal ouvre la raiodiffucsion aui Québec.  Les premiers postes récepteurs radio dont de type à cristal de galène (sulfure de plomb).  Simples et peu coûteux, ils auront une grande diffusion mais seront remplacés par des postes à lampes et fonctionnant à batteries, plus puissants.  En 1920, le quotidien "Le Nouvelliste" voit le jour; ce sera le journal les plus largement distribué à Manseau, avec "Le Soleil" et "L'Action Catholique".  Antonio Paillé sera le correspondant du "Nouvelliste" à Manseau, de 1927 à 1949.  Ses nouvelles et courrier, écrits dans un style souvent savoureux, permettent de retracer les événements de la vie communautaire à Manseau à cette époque: mairage, naissances, décès, transactions et faits divers de toutes sortes.

Chronique no 29

Le 24 octobre 1929 survient, à la Bourse de New York, un événement qui va précipiter le monde dans la plus grande crise économique de tous les temps. Ce jour-là, 16,5 millions de titres sont offerts en vente par des investisseurs paniqués mais ne trouvent pas d'acheteurs. Du jour au lendemain les cours s'effondrent, des fortunes disparaissent en fumée. Des retraités, des petits épargnants perdent, en quelques heures, les économies de toute une vie. Les actionnaires, ruinés, deviennent incapables de remplir leurs obligations auprès des banques, elles aussi en difficultés. Les faillites personnelles se multiplient, les suicides aussi. C'est le début de la "Crise" ou "Grande Dépression". Mais l'effondrement boursier cache une réalité plus grave encore: la surproduction industrielle. Aux prises avec d'importants surplus d'inventaires et face à une baisse de la demande de leurs produits, les entreprises doivent réduire leur production et faire des mises à pied, ce qui accentue le problème. Les prix des produits agricoles, miniers et forestiers dégringolent faute d'acheteurs; à ce titre, on peut penser que la population de Manseau a souffert considérablement des effets de la Crise.

À l'époque, il n'y a, au Québec, ni assurance-chômage ni bien-être social pour venir en aide aux chômeurs, mesures contraires, d'ailleurs, à la mentalité du temps. Les organisations charitables, les communautés religieuses organisent des soupes populaires, distribuent de la nourriture. Les gouvernements, fédéral et provincial, les municipalités organisent des travaux comme la construction de routes, de ponts, le nettoyage et le creusage de cours d'eau à la petite pelle pour aider les chômeurs. On ouvre de nouveaux secteurs à la colonisation en Abitibi et en Gaspésie. Mais ces mesures n'empêchent pas la crise de s'étendre. En 1932, le soutien direct est institué: cette année-là le taux de chômage atteint 26.4% de la population active au Québec, un record. Ceux qui occupent un travail stable à $0.50 par jour, nourris, peuvent se compter chanceux.

À compter de 1933, on note une légère amélioration mais il faudra attendre la guerre de 1939 pour une reprise durable. La "Grande Dépression" aura des répercussions durables. Elle incitera les gouvernements à intervenir de plus en plus pour réglementer et contrôler l'économie afin d'éviter la répétition de pareils désastres à l'avenir. Elle sera aussi à l'origine de la création de lois sociales comme l'assurance-chômage et le bien-être social pour protéger les plus défavorisés. Mais la conséquence la plus funeste de la "Crise" fut le mécontentement populaire qu'elle suscita en Europe permettant l'émergence de dictatures qui vont entraîner le monde dans la Seconde Guerre mondiale.

Chronique no 30 

Le 31 octobre 1928, l'abbé Alcide Lemaire avait remplacé l'abbé Ulric Leblanc comme curé de Manseau. Né à Bécancour le 28 janvier 1879 de parents cultivateurs, l'abbé Ulric Leblanc avait fait ses études au Séminaire de Nicolet avant d'être ordonné prêtre le 2 août 1903. Après son départ de Manseau, l'abbé Leblanc sera successivement curé à St-Wenceslas et à St-Germain-de-Grantham, avant de prendre sa retraite à l'Hôtel-Dieu d'Arthabaska en 1941. À partir de 1945, il habitera chez sa soeur à Victoriaville, où il décède le 11 septembre 1948. Il sera inhumé au cimetière de Bécancour, sa paroisse natale.

L'église de Manseau, construite en bois et datant de 1906, montrait, à la fin des années 1920, des signes de vieillissement. Non seulement elle nécessitait des réparations importantes mais elle ne suffisait plus aux besoins d'une population qui avait presque triplé en vingt ans. On décida donc de la rénover entièrement et de l'agrandir par l'ajout d'un transept et d'un jubé. Le lambris de bois serait remplacé par de la brique. Le contrat fut accordé à M. Levasseur, de Victoriaville, en février 1929 et les travaux débutèrent en juin. Comme il fallait refaire entièrement le solage de l'église pour asseoir ces nouveaux murs de brique, le charroyage de la pierre fut confié à Ovide Nobert. En novembre 1929, les travaux extérieurs étaient terminés avec l'installation des paratonnerres. Joseph Dufour, le père de Mme Gisèle Lemay de cette paroisse, eut la redoutable tâche d'aller fixer solidement la croix tout en haut du clocher.

Il fallut néanmoins attendre le 26 septembre 1930 pour assister à l'inauguration et la bénédiction de l'église rénovée au cours d'une cérémonie officielle s'étendant sur deux jours. Mgr Hermann Brunault, évêque de Nicolet y assistait ainsi que les abbés Alfred et Martial Manseau avec plusieurs autres dignitaires et invités d'honneur. L'abbé Martial Manseau, fondateur de la paroisse et curé de Ste-Sophie-de-Lévrard depuis 1928, prit la parole à cette occasion pour relater les débuts difficiles de Moose Park et souligner la foi profonde de ceux qui avaient persévéré malgré les épreuves et contribué à bâtir une paroisse jeune et vigoureuse dans la forêt de Blandford.

Chronique no 31 

À la fin des années 1920, Manseau compte plusieurs petits commerces et services pour desservir sa population. Ainsi, Mme Napoléon Paris gère la succursale de la Banque Canadienne Nationale dans sa résidence de la rue St-Georges. En 1928, Émery Daigle devient maître de poste, fonction qu'il occupera jusqu'à son décès survenu en 1940; le bureau de poste est situé dans sa maison, là où habite Mme Berthe Atkinson aujourd'hui, rue St-Albert. Cette même année 1928, Émery Daigle devient en plus cantonnier chargé de l'entretien de la route Plessisville - St-Pierre-les-Becquets (ancienne route 49). Il sera remplacé à ce poste de cantonnier par Ludger Lecomte en 1931. On note également que la manufacture de mica existe toujours en 1930, le local sert parfois pour des assemblées publiques et réunions de toutes sortes.

C'est à cette époque que les Autobus Deshaies de Deschaillons obtiennent la permission de desservir Manseau. En plus du train, la population peut désormais compter sur un service régulier d'autobus. En juin 1929, Jules Savoie, le fils d'Alcide, inaugure un service de taxi Manseau-Québec et Manseau-Ste-Angèle-de-Laval.

D'autres petits commerces voient le jour pour tenter de répondre aux besoins de la population. Anthime Bernier, laitier, exerce aussi le métier de boucher; il louera pendant quelque temps le magasin Demers situé face à la cantine Chez Violette aujourd'hui, puis déménagera chez Mme Vve Desrochers. On remarque le salon de barbier d'Adélard Jacques, rue St-Albert, la manufacture de portes et fenêtres d'Eugène Lavertu, la forge d'Émile Bergeron, la cordonnerie de Fernand Bélanger, la sellerie d'Amédée Hébert et à compter de 1932, la tannerie d'Arsène Baril. Dieudonné Fleury qui travaille aussi au moulin à scie, possède toujours son petit restaurant sur la rue St-Georges. Le dentiste Poisson, de Gentilly vient même faire du bureau à l'hôtel de Manseau une fois par mois.

 Tous ces petits commerces connaîtront plus ou moins de succès parce qu'ils se concurrencent souvent les uns les autres ou entrent en compétition avec d'autres commerces mieux établis comptant déjà une clientèle fidèle. Mais c'est que la crise économique qui sévit à ce moment-là oblige les gens à faire preuve de débrouillardise, d'initiative et d'audace pour survivre.

 Chronique no 32 

La vie à Manseau étant intimement liée à la voie ferrée, on ne peut que constater, à la fin des années 1920, début 1930, le nombre croissant des déraillements et autres incidents reliés au chemin de fer. La voie ferrée, construite à l'origine pour des locomotives à vapeur relativement lentes semble mal adaptée aux engins plus puissants, aux convois de plus en plus lourds et nombreux. Déjà en 1928 un déraillement important se produit tout juste en face de la gare; le 27 septembre 1929 un autre déraillement impliquant une vingtaine de wagons de marchandises survient exactement au même endroit. Quelques mois plus tard, le 21 décembre 1929, ce sont deux trains de passagers qui entrent en collision à quelques milles du village: l'Express Maritime percute le train local Québec-Montréal No 45. On ne dénombre que deux blessés légers, les deux trains filant à vitesse réduite en raison d'une chute de neige ce jour-là. Puis, le 11 octobre 1930, un camion de livraison d'une crémerie de Trois-Rivières est écrasé par un train de marchandises au passage de la rue St-Georges; le conducteur du camion s'en tire avec des blessures mineures mais des événements bien plus tragiques encore restent à venir.

À cette époque, un homme étrange vivait seul dans un camp situé le long de la voie ferrée près de l'une des nombreuses tourbières et savannes que l'on retrouve entre Manseau et Villeroy. On l'appelait le "père Cégo". Comme il ne parlait pas le français ni aucune autre langue comprise des gens de Manseau, on ne savait rien de lui. On l'avait affublé de ce nom parce que, lorsqu'il venait faire ses achats de temps à autre dans un magasin de Manseau, il pointait le doigt vers l'objet qu'il désirait en s'écriant: "Cégo!", ce qui devait vouloir dire, dans sa langue: "Voilà ce que je veux" ou "J'ai besoin de cela". Il finit par disparaître sans laisser de trace mais le nom Cégo est resté attaché à l'endroit où il habitait. Aller aux bleuets à Cégo, c'est aller aux bleuets là où cet homme peu ordinaire vivait.

Mais le père Cégo n'était pas le seul personnage étrange ou inquiétant à résider à Manseau en solitaire. On raconte qu'un autre individu, apparemment recherché par la justice, a vécu seul pendant longtemps sur une terre de la Couronne dans le rang du Cordon-des-Bédard. La clairière en plein bois où il avait vécu, avec un petit rond de terre faite situé loin du chemin public, existait toujours il y a une vingtaine d'années avec des débris de son campement, seul témoignage du passage de cet énigmatique personnage à cet endroit.

Chronique no 33 

Les plus anciens se souviendront peut-être d'avoir vu ou entendu parler du passage dans le ciel au-dessus de Manseau, du dirigeable anglais, le R-100. D'une longueur totale de 750 pieds (247 mètres) environ, le R-100 était un énorme ballon gonflé à l'hydrogène, un gaz plus léger que l'air mais hautement inflammable. Il disposait de 6 moteurs de 150cv chacun lui permettant de se diriger à la manière d'un avion; une centaine de passagers et membres d'équipage pouvaient y prendre place dans une nacelle spécialement aménagée sous la coque. Au moment de son passage au-dessus de Manseau, le 31 juillet 1930 vers 8:30hres du soir, le R-100 arrivait d'Angleterre à destination de l'aéroport de St-Hubert. Il s'agissait de la première étape d'un voyage au Canada et aux États-Unis qui fut finalement écourté en raison de problèmes mécaniques.

Le 17 septembre 1931, la grange-étable de "La Savoyarde" était rasée par un incendie allumé par la foudre en pleine heure de la traite du soir, sous une pluie battante. Elle sera reconstruite le printemps suivant au même endroit et selon le même modèle mais quelques mois plus tard, Alcide Savoie cédera "La Savoyarde" à son fils, François. Cette ferme dont les débuts remontaient à 1914 avait remporté en 1927 la médaille d'or du mérite agricole au niveau provincial. Mais d'autres cultivateurs de Manseau se mériteront aussi de semblables distinctions dont Charles St-Pierre et Émile-Eusèbe Barbeau qui recevront chacun la médaille d'argent du mérite agricole pour l'année 1942 avec François Savoie. Ces cultivateurs et bien d'autres encore viendront prouver qu'il est possible de réussir sur des terres aux sols moyens pour l'agriculture.

"La Savoyarde" n'était d'ailleurs pas la seule ferme modèle de Manseau: Albert Daigle possédait aussi la sienne dans le rang du Grand-Neuf (propriété de Manuel Tousignant aujourd'hui). Ernest Champagne était son fermier dans les années 1920, il sera remplacé vers 1930 par Henri Bussières. Cette ferme n'avait pas l'ampleur de "La Savoyarde" mais compensait par la présence d'une belle érablière où s'assemblaient parents et invités le printemps pour des parties de sucre. On comptait peu d'érablières à Manseau, les sols sableux ne convenant pas à l'érable. Cela n'empêchait pas l'un des plus anciens citoyens de Manseau, arrivé vers 1903 et qui sera maire pendant quelques années, de posséder une autre érablière située loin de là, à l'autre bout du rang du Petit-Neuf. Les mauvaises langues chuchotaient qu'on y faisait souvent bouillir autre chose que de l'eau d'érable...Mais après tout, la "bagosse" ou alcool de fabrication domestique ou artisanale, bon marché et facilement disponible, faisait partie des moeurs du temps.

Chronique no 34  

La crise économique qui sévit dans les années 1930 et qui n'en finit plus, pousse parfois certains individus à prendre des risques et défier la loi. Il n'est donc pas étonnant de constater un accroissement des vols, larcins et méfaits à Manseau et sans doute ailleurs, si l'on se fie à la correspondance d'Antonio Paillé avec le Nouvelliste. Ainsi, en juillet 1931, Arthur Kirouac constate subitement qu'il manque, à l'appel du matin, une quinzaine de poulets à son élevage de 250 volailles, portés disparus sans laisser de trace... Le 14 du même mois, Émile Bergeron, le sacristain, remarque qu'un voleur s'est introduit dans l'église par une fenêtre du soubassement et a pillé les troncs. Après les poulets et les troncs, Omer Lemay se fait "emprunter", quelques jours plus tard, l'une de ses deux voitures taxis, une Dodge 6 cylindres, qu'on retrouvera finalement à Lévis.

En octobre 1931, Olivier Crochetière, agissant en tant que juge de paix, oblige un individu suspect à prendre l'express de Montréal non sans lui avoir confisqué, au préalable, un révolver avec lequel cet homme aurait menacé des jeunes gens du village. Mais la palme revient à Mlle Angèle Paris qui, le 5 novembre 1931, est réveillée en pleine nuit par le bruit que font deux individus qui cherchent à s'introduire dans la succursale de la banque Canadienne Nationale tenue par sa mère, Mme Vve Napoléon Paris. D'une fenêtre, elle fait feu à deux reprises avec un révolver sur les intrus qui s'enfuient à toute vitesse. Elle sera chaudement félicitée pour son courage (elle serait traînée devant les tribunaux pour ce geste aujourd'hui).

En novembre 1931 également, Édouard Demers est réveillé par les aboiements de son chien. Réalisant qu'il se passe quelque chose d'anormal à l'écurie, il s'y rend et prend sur le fait un individu en train de seller sa jument pour déguerpir avec. Un autre individu, recherché pour des vols commis à Daveluyville et Lemieux, est arrêté à la gare de Manseau en mars 1932. Il réussit à s'échapper, s'enfuit à pied jusque chez Napoléon Turgeon, dans le rang Belgique, où il tente sans succès d'emprunter un fusil; on lui mettra la main au collet pour de bon à cet endroit. En juin 1932, ce sera au tour de M. et Mme Perreault, absents pour l'été, de se faire voler différents objets dans leur maison du rang d'En-Bas. Puis, une nuit de septembre 1933, Ovide Plourde se fait tuer une taure en plein champ par des voleurs qui dépècent l'animal sur place pour la viande. Mais ces petits malfaiteurs ne sont pas tous foncièrement mauvais comme en témoigne cet individu qui s'était pourtant donné bien du mal pour subtiliser deux boîtes de beurre pesant chacune 50 livres (22.7kg) chez Omer Lecomte, beurrier, et qui, pris de remords, rapporta tout le beurre dès le lendemain, sans avoir touché à rien!

Chronique no 35 

Malgré la Crise qui sévit, la population de Manseau peut compter, dans les années 1930, sur plusieurs loisirs et activités pour se divertir. L'hiver, on retrouve naturellement le hockey. Le grand étang de la rivière du Chêne, entre le pont des chars et la dam, en arrière de "Moose Park", constitue une patinoire idéale dont la responsabilité appartient en 1931 à Adélard Jacques. Manseau compte à l'époque deux équipes: le "Manseau" et le "Derby" regroupant les joueurs suivants: Patrick Trottier, Hector et Germain Fleury, Maurice, Jean-Marie et Alfred Savoie, Gérard Morrissette, Arthem Kirouac, Philippe Denis, Wilfrid Dupont, Adrien et Eugène Turgeon, Lionel Cajolet et Hormidas Jutras. L'été, le baseball remplace le hockey et un club de croquet très actif existe aussi.

Les gens de la campagne n'ont rien à envier à ceux du village côté loisirs. L'U.C.C. (Union catholique des cultivateurs) dont le président local est, en 1931, Charles St-Pierre et le secrétaire Bruno Dionne, présente chaque mois une conférence ou une causerie sur la façon d'améliorer la culture et les rendements dans les champs. Le cercle agricole organise régulièrement des concours d'élevage de bovins, de veaux, de porcs, etc. En plus, le bureau local du Ministère de l'Agriculture sous la direction de Louis Baribeault, agronome tient ses propres compétitions, comme ce concours d'égouttement des sols auquel participèrent, en 1931, les Achille Beauchemin, Eusèbe Barbeau, Henri Cotnoir, Bruno Dionne, Charles St-Pierre, Ovide Nobert, Ludger Lecomte, Paul-Émile Lecomte, Gilles Anctil, Pierre Lebrun, Roch Forget, Adélard (Dollard) Bergeron, Richard Dubois, Nazaire Soucy, Albéric Beaulieu et Georges Ouellet. Tous ces participants reçurent $15.00 chacun pour leurs bons résultats, somme non négligeable en ces temps de crise.

Il se tient aussi des parties d'euchre au soubassement de l'église au profit de la Fabrique. On peut y entendre du chant, de la musique, jouer aux cartes, assister à des pièces de théâtre et participer à des jeux de société. Le Cercle des Artisans Canadiens-Français de Nicolet présente de temps à autre, au même endroit, des conférences et des expositions sur l'artisanat. Il y a également des expositions scolaires concernant la confection, la réparation, le reprisage, l'art culinaire et les conserves par les jeunes filles de l'école sous la direction des RR. SS. de l'Assomption. Comme on peut le constater, la vie communautaire du temps reste variée, active et rejoint l'ensemble de la population.

Chronique no 36

Le 4 février 1933, Alcide Savoie décède à l'Hôpital Général de Sherbrooke à l'âge de 60 ans. On peut penser que les tracas et ennuis financiers occasionnés par la crise des années 1930 aient miné, à la longue, sa santé. Comme tous les commerçants du temps, il avait été obligé de faire crédit à ses clients et employés; une partie importante de ce crédit fut perdue. Le fils d'Alcide, Maurice, racheta de la succession le magasin général et continua de l'exploiter y ajoutant même, par la suite, une ligne de distribution de produits pétroliers. Trois autres fils, Jules, Jean-Marie et Alfred reçurent le moulin à scie dont la raison sociale "Savoie Cie" fut changée en "Savoie Frères".

Le 17 juin 1933, Mgr Bruneault, évêque de Nicolet, procède lors de sa visite pastorale, à la bénédiction de la croix commémorative située sur la rue St-Alphonse, près du pont enjambant la Petite rivière du Chêne. Cette croix marque l'endroit où l'abbé Alfred Manseau avait célébré la première messe "officielle" à Moose Park en décembre 1897. Quelques rares survivants présents à cette première messe célébrée 35 ans auparavant assistaient à la bénédiction. Ils se rendront signer le procès-verbal à la sacristie après la cérémonie.

En novembre 1933, un violent incendie détruit le moulin à scie d'Odilon Cajolet. Tout l'équipement fut perdu ainsi que les outils servant au travail du bois et de la maçonnerie. La bâtisse abritait aussi une manufacture de portes et fenêtres. Le moulin n'étant pas assuré, la perte fut considérable et il ne fut pas reconstruit. L'année précédente, en février 1932, un autre incendie avait failli dégénérer en conflagration: celui du magasin Joseph Demers situé à l'emplacement des Ameublements Manseau Inc. aujourd'hui. Au moment de l'incendie, le magasin était loué à Albéric Bégin et son épouse, de Montréal, qui venaient y écouler un fond de mercerie. Les flammes endommagèrent deux maisons voisines, l'une appartenant à Wilfrid Jutras et occupée par Georges Turgeon, l'autre, propriété du moulin Savoie et louée à Euchariste Dionne. L'abbé Alcide Lemaire, selon son habitude, dirigeait les pompiers volontaires et citoyens accourus sur les lieux en pleine nuit d'hiver et qui, malgré les moyens limités dont ils disposaient, réussirent après trois heures d'efforts constants à circonscrire les flammes.

Chronique no 37

En 1935, le gouvernement libéral de Louis-Alexandre Taschereau adopte le plan Vautrin, nommé ainsi en l'honneur du ministre de la Colonisation du temps, Irénée Vautrin. Le plan se veut un retour à la terre; il prévoit la prise en charge et l'installation de milliers de colons sur des lots vacants à la Couronne partout en province et même dans de nouvelles paroisses créées en Abitibi et en Gaspésie. En fait, on voulait surtout sortir les sans emplois mécontents des grandes villes où ils provoquaient de l'agitation sociale et mettaient en péril la réélection du gouvernement Taschereau aux élections prévues en 1936. Entre 1935 et 1937, 29,411 jeunes gens au total bénéficièrent néanmoins du plan Vautrin.

Comme Manseau disposait de nombreuses terres de la Couronne inhabitées sur son territoire, un certain nombre de ces nouveaux colons vinrent s'y établir surtout dans le Petit-Montréal. Le colon désireux de s'établir sur une terre de la Couronne pour la défricher devait s'engager à respecter les conditions prévues au billet de location, sorte de contrat qu'il fallait signer. Il devait y construire une maison, l'habiter et défricher une certaine superficie dans un délai donné. Les maisons, toutes pareilles, étaient octroyées: elles devaient être conformes aux plans et devis du ministère, mesurer 20' x 20' (6m x 6m) et avoir un étage et demi. On peut en voir encore une ici et là surtout dans "la colonie", à Lemieux. Enfin, le colon recevait une allocation mensuelle lui permettant de subsister, le temps de défricher assez de terre pour devenir autonome. Lorsque les conditions énumérées au billet de location étaient réalisées, il pouvait s'adresser au gouvernement pour obtenir l'émission de lettres-patentes qui constituaient son titre de propriété clair et net sur son lot.

Le ministre Vautrin allait, bien malgré lui, se retrouver au centre d'une controverse qui allait mettre son gouvernement dans un profond embarras. Pour aller visiter les nouvelles paroisses ouvertes en Abitibi et ailleurs, il s'était acheté un pantalon et, fort maladroitement, avait fait payer cette petite dépense par son ministère. L'Opposition officielle, qui voulait montrer que le gouvernement Taschereau était corrompu et gaspillait les fonds publics, découvrit cette "perle" lors d'une audience du Comité des Comptes Publics chargé d'étudier la gestion du gouvernement. Du jour au lendemain, "la culotte à Vautrin" devint un sujet de moquerie et de plaisanterie qui contribua fortement, avec d'autres facteurs, à la défaite cuisante du gouvernement Taschereau aux élections de 1936, permettant ainsi l'accession au pouvoir de Maurice Duplessis.

Chronique no 38

Au printemps 1935, le central téléphonique qui se trouvait chez Albert Daigle depuis le début est déménagé chez Dame Vve Napoléon Paris par son nouveau propriétaire, Joseph Charland. À la suite de difficultés financières, Albert Daigle avait dû déposer son bilan en 1934. Il réussit à sauver une partie de son patrimoine mais dut se départir, entre autres biens, de la ligne téléphonique qui fut cédée à André, puis Roméo Laquerre de Fortierville et enfin, à Joseph Charland.

À l'époque, Hector René exerce son métier de cordonnier dans son atelier situé rue St-Georges, à l'arrière du bureau de poste actuel. D'autres petits commerces existent en double et se font concurrence. Ainsi, on retrouve deux garages de mécanique générale: celui de Jos Côté, ouvert en 1932 sur la rue St-Alphonse et celui de Jos Champagne, datant de 1933, situé dans la bâtisse à côté de l'étable où les paroissiens détellent les chevaux sur la rue St-Albert. Jos Côté rachètera finalement le commerce de son compétiteur fin 1934. Il existe aussi deux salons de barbier: celui d'Adélard Jacques repris plus tard par son frère Lionel et celui de Wellie Forcier sur la rue St-Albert, face au restaurant de Georges Barabé. Pour mieux attirer la clientèle, Wellie Forcier y avait installé une table de pool: l'endroit était, en conséquence, interdit aux mineurs.

En 1936, Esdras Poisson qui faisait le transport des malles est remplacé par Joseph Monfette alors qu'Aimé Grenon devient cantonnier à la place de Ludger Lecomte. On assiste également cette année-là, à la construction d'un pont couvert sur la Petite Rivière du Chêne, ce qui fournira de l'emploi à une trentaine d'hommes. Le cinéma devient un loisir qui se répand et gagne en popularité à Manseau: on peut assister à des représentations périodiques de "vues animées" données par Hervé Gosselin.

Enfin, à l'été 1936, Arthur Drouin, de Ste-Sophie, se porte acquéreur de l'hôtel Napoléon Gagnon sur la rue St-Albert à l'arrière de la résidence de M. Albert Geoffroy aujourd'hui, hôtel connu sous le nom de "Lustucru". La grande salle de cet établissement servait aux assemblées publiques de toutes sortes, notamment aux séances des conseils municipaux et scolaires. L'Unité Sanitaire de Nicolet, avec le Dr Bruno Lahaie et Garde Girard, y tenait des cliniques de sensibilisation à l'hygiène, de prévention des maladies contagieuses, sur la puériculture. Le Lustucru était au centre de la vie communautaire du temps.

Chronique no 39

L'année 1937 s'annonce fertile en événements. Au printemps, le jeune Victor Patry, 13 ans, fait une chute à partir d'un pilier du pont des chars et tombe dans la rivière, profonde à cet endroit de 12 à 15 pieds (4m à 5m). Des témoins tentent de venir à sa rescousse avec des canes à pêche mais en vain: le jeune Patry disparaît sous la surface à quelques reprises et semble perdu. Il faudra l'intervention de M. Alcide Dupont, âgé de 17 ans à l'époque qui, dans un geste d'un courage et d'un sang-froid exceptionnels, au péril de sa vie, saute tout habillé à l'eau pour se porter au secours du jeune Patry qu'il réussit à ramener à terre sain et sauf. Cet acte héroïque vaudra à son auteur des félicitations bien méritées.

En août 1937, le conseil du village conclut une entente avec la Shawinigan Water and Power pour l'électrification du village. Ce sujet est fort controversé à l'époque: certains ne voient pas la nécessité de l'électricité alors que d'autres craignent les coûts. L'accord prévoit, en outre, l'installation de 15 lumières de rues au village en septembre. Le conseil comprend les conseillers Henri Poisson, Gatien Trempe, Antonio Paillé, Omer Lecomte, Alfred Savoie et Joseph Monfette alors que J.A. Maurice Savoie en est le maire.

En septembre 1937, l'abbé Alcide Lemaire quitte notre paroisse. Né à St-Elphège le 28 décembre 1888 de parents cultivateurs, il est ordonné prêtre le 5 janvier 1913. Après son départ de Manseau, l'abbé Lemaire sera curé à St-Félix de 1937 à 1947 puis, à Ste-Monique de 1947 à 1954. Il prend sa retraite à Drummondville et décède peu après à l'Hôpital Ste-Croix de cet endroit, le 21 février 1955. Il repose au cimetière du Grand Séminaire, à Nicolet.

Son remplaçant, l'abbé Frédéric Tétreau, est un homme brillant, cultivé et un excellent administrateur. Il croit aux idées sociales de son temps: la justice sociale, la coopération, la prise en charge par la population de son développement et, selon lui, il appartient à l'Église de promouvoir activement ces valeurs. En revanche, c'est un homme peu patient et peu enclin au compromis, ce qui l'entraînera dans des conflits mémorables avec certains de ses paroissiens tout aussi convaincus que lui de leur bon droit et il n'aura pas toujours le dernier mot. L'abbé Tétreau aime les animaux: il possédera sa propre ferme (propriété de M. Armand Geoffroy aujourd'hui) où il élèvera vaches, porcs, chevaux, etc. On raconte que certains paroissiens, un petit sourire aux lèvres, guettaient ses génuflexions à la messe pour déceler, bien collées à la semelle de ses souliers, des preuves irréfutables qu'il était allé visiter ses volailles avant de se rendre à l'église...

Chronique no 40

À la fin des années 1930, le réseau scolaire de Manseau est complet et restera tel quel jusqu'au regroupement de 1958. À cette époque, tout ce qui concerne les écoles de notre paroisse relève du conseil scolaire composé d'un président et de six commissaires élus parmi les paroissiens ainsi que d'un secrétaire-trésorier. Le conseil scolaire veille à l'entretien des écoles, à l'engagement des institutrices ou "maîtresses d'école" comme on les appelait alors et, lorsque le nombre des élèves le justifie, il peut procéder à la construction d'une école neuve dans un nouvel arrondissement.

Le territoire de Manseau était divisé alors en sept arrondissements scolaires numérotés de 1 à 7 suivant l'ordre chronologique de leur création. Chaque école portait le numéro de son arrondissement. Ainsi, l'école no 1 correspondait au vieux couvent situé sur la rue St-Alphonse, face à la résidence, dans le plus ancien arrondissement soit celui du village. L'école no 2 était la première école du rang d'En-Haut située, avant l'été 1934, entre les résidences de Mme Rita Vachon et M. Fernand Lacasse et, à compter de l'année scolaire 1934-35, sur le terrain de l'atelier de soudure Rolland Dubois aujourd'hui. L'école no 3 se trouvait dans le rang d'En-Bas, face à la route conduisant au Petit-Montréal. L'école no 4 était la seconde école du rang d'En-Haut, située face à la ferme de Paul Turgeon autrefois. L'école no 5, celle du rang Belgique, se trouvait à quelques arpents après la seconde traverse de chemin de fer, du côté ouest du chemin du rang Belgique. L'école no 6 se trouvait dans le Petit-Montréal, dans la première courbe rencontrée dans ce rang en direction de Lemieux, côté nord du chemin. Enfin, l'école no 7, dans l'arrondissement le plus récent du Petit-Neuf, se trouvait voisine de la terre de Jean-Marie René, côté sud.

Jusqu'à l'été 1933, on ne retrouvait, à Manseau, qu'un seul conseil scolaire regroupant village et paroisse. En 1931, les habitants du Petit-Neuf demandèrent leur propre école mais le projet traîna en longueur. Il faudra attendre 1933 et la formation de deux conseils scolaires séparés, village et paroisse, pour que le conseil scolaire de la paroisse autorise la construction d'une école neuve dans le Petit-Neuf. La construction en fut confiée à Joseph Dufour et l'école sera terminée au début de l'année 1934. Elle entra en fonction immédiatement après son approbation par l'inspecteur d'écoles Armand Desjarlais avec Laurette Landry comme institutrice et 22 élèves. La construction ayant été faite selon les plans et devis du gouvernement, le conseil scolaire reçut à cette occasion un octroi de $1,200.00 du gouvernement pour défrayer les coûts de cette école. (À suivre).

Chronique no 41

On retrouve à Manseau, en ces années-là, un peu plus de 200 élèves répartis entre les 7 écoles du territoire, dont environ la moitié fréquente le vieux Couvent au village. Selon les époques on y enseigne jusqu'à la 4e, la 5e et, en dernier, la 7e année. Certaines années, on y retrouve même une classe préparatoire permettant aux enfants de 6 ans de fréquenter l'école pendant les 3 derniers mois de l'année scolaire régulière. Il n'est pas rare non plus de commencer l'école à 5 ans avec succès et même, dans un cas précis et exceptionnel, à 4 ans et demi pour atteindre le minimum requis de 10 élèves pour avoir de l'école dans le rang Belgique cette année-là.

Chaque école recevait au moins une fois l'an la visite de l'inspecteur d'école, chargé de veiller au bon fonctionnement des écoles de son district. Sa visite s'accompagnait d'un congé de devoirs et de leçons pour les élèves mais il remettait parfois aux institutrices des primes à l'enseignement. Ainsi, à sa visite de 1932, l'inspecteur Desjarlais remettra à Mme Gilles Anctil deux primes de $15.00 chacune respectivement pour succès et années d'enseignement. Il soulignera aussi, lors de sa visite de 1935 pour la collation des certificats d'études primaires, que le Couvent sous la direction des RR.SS. de l'Assomption, se classe premier avec ses élèves pour le district. Enfin, soulignons que Mme Lucille Fleury, âgée de 98 ans, est probablement l'institutrice à avoir enseigné le plus longtemps dans l'une de nos écoles de rang soit pendant 14 ans, avant de se marier en 1941.

Les conseils scolaires étaient souvent réticents et même, en certains endroits, refusaient catégoriquement d'engager des femmes mariées comme institutrices. La mode du temps voulait les épouses au foyer. De plus, ces femmes risquant naturellement de tomber enceintes, on craignait que leur grossesse ne trouble certains élèves. Les commissaires de notre paroisse semblent avoir fait preuve d'ouverture à ce sujet, en engageant, lorsqu'il convenait de le faire, des femmes mariées dont Mme David Beaulac, Mme Gilles Anctil, Mme Annette Soucy, Mme Rose-Aimée Leblanc, Mme Blandine Jutras, Mme Joseph Hébert et Mme Cécile Durand. En revanche, il semble qu'il n'y ait jamais eu de maître d'école à Manseau avant 1958. Les salaires dans l'enseignement étant peu élevés, les hommes instruits optaient pour des occupations plus profitables. Mais la véritable raison pour expliquer l'absence de maître, au coeur de la mentalité du temps, était que l'on considérait l'éducation comme l'affaire des femmes, jugées plus aptes à faire respecter l'ordre, la discipline, la propreté chez les élèves et à gagner leur confiance. Nous devons beaucoup, effectivement, à toutes ces enseignantes, laïques et religieuses.

Chronique no 42

Peu après son arrivée à Manseau en 1937, l'abbé Frédéric Tétreau fait procéder à l'installation de l'électricité à l'église et au presbytère. Il convainc également les deux conseils municipaux, paroisse et village, d'abandonner le Lustucru comme lieu de rassemblement public pour le soubassement de l'église. L'abbé Tétreau débute également la présentation de films à cet endroit, dont les profits vont à la réduction de la dette de la Fabrique. Les représentations font souvent salle comble.

À la même époque, Télesphore Soucy acquiert des frères Émile et Arthur Bernier leur forge de la rue des Peupliers, qu'ils avaient eux-mêmes acquise d'Alphonse Kirouac le 10 avril 1909. Peu attiré par le métier de forgeron, M. Soucy revendra peu après la forge à Napoléon Turmel tout en se réservant le terrain. La vieille forge sera ainsi déménagée à l'arrière du salon funéraire actuel et M. Soucy fera ériger à sa place, par Émilien Demers, le garage Gaston Soucy aujourd'hui, pour servir à son commerce de machinerie agricole. De plus, traditionnellement, le forgeron de la place fabriquant les cercueils, M. Soucy en vint à suivre des cours d'embaumement au printemps 1938, une nouveauté à l'époque: auparavant, les corps des défunts étaient exposés puis inhumés sans être embaumés. La première personne embaumée par ses soins, sous la supervision de Maurice Gaudet, fut Albertine Desautels, l'épouse du notaire J.-F. Paré, décédée à l'été 1938.

L'année 1938 voit également l'apparition de la malle rurale à Manseau: Armand Bernier en sera le premier postillon. Georges Barabé décède la même année: son restaurant, rue St-Albert, sera repris par sa fille Hermance et son gendre, Adrien Turgeon. C'est un quêteux, nommé "Moïse", qui passait par les maisons pour demander l'aumône qui allait laisser, bien involontairement, son nom au restaurant "Chez Moïse". Adrien Turgeon ayant laissé entendre que "Moïse", ça sonnait bien à son oreille, clients et amis s'empressèrent de l'appeler dorénavant de ce nom qui allait coller à ce commerce jusqu'à sa fermeture.

En 1939, Jos Côté vend son garage de mécanique générale de la rue St-Alphonse à Jos Nobert, à l'endroit où se trouve le marché Raymond Minot aujourd'hui. Cette année-là, à l'été, on procède à des travaux importants de réfection du vieux Couvent au coût total de $4,500.00 dont une partie sera défrayée par le gouvernement. On y aménagera même une petite chapelle mais il faudra attendre 5 ans soit le temps nécessaire aux RR.SS. de l'Assomption, qui ne comptaient que sur des dons, pour amasser les fonds requis à l'achat des objets de culte nécessaires à la célébration de la messe, finalement présidée au Couvent pour la première fois par l'abbé Tétreau en 1944.

Chronique no 43

Le 1er septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologne et provoque la Seconde Guerre mondiale. Comme en 1914, le Canada appuie l'Angleterre. Dès le début, le premier ministre canadien Mackenzie King promet qu'il n'y aura pas de conscription mais le 12 juillet 1940 la mobilisation de tous les hommes célibataires est ordonnée dans un délai de trois jours. Cette mesure, qui sent la conscription à plein nez, donnera lieu, du 12 au 15 juillet, à une folle course au mariage, les hommes mariés étant dispensés du service militaire. On s'arrache les robes de mariées et les alliances dans les magasins; on fait la file pour se marier. Puis, le 27 avril 1942, le gouvernement, fort de l'appui massif des anglophones obtient, par référendum, d'être délié de sa promesse de ne pas instaurer la conscription. Les francophones votent en majorité "non" au référendum mais doivent se plier à la décision de la majorité anglophone, tout comme en 1917. La conscription proprement dite pour le service outre-mer ne deviendra effective qu'à l'automne 1944.

Au début 1943, les carnets de rationnement font leur apparition. Les achats massifs de denrées par le gouvernement pour soutenir l'effort de guerre qui a priorité, entraîne une pénurie de certains produits comme le sucre; les carnets assurent que chaque famille reçoive sa juste part de ce qui reste disponible. La première distribution de carnets à Manseau a lieu vers mars 1943 au magasin général Maurice Savoie. Pour assurer le bon ordre, le village avait été divisé en deux sections et on avait assigné à chaque rang un jour différent de la semaine pendant lequel les citoyens venaient chercher leurs carnets, remis par des bénévoles au magasin. De plus, pour financer l'achat de matériel militaire, le gouvernement dut bientôt recourir aux emprunts publics. À chaque campagne d'emprunt (au nombre de neuf de 1941 à 1945), chaque paroissse se voyait fixer un objectif et l'on demandait à la population d'acheter des obligations ou bons de la Victoire jusqu'à concurrence de ce montant. Lors d'une campagne d'emprunt tenue fin1942, l'objectif de Manseau était de $10,000 soit le 4e objectif le plus élevé du comté de Nicolet après la ville de Nicolet ($60,000), Gentilly ($20,000) et St-Grégoire ($11,000) et il sera dépassé.

Sur le plan militaire certains de nos paroissiens servirent dans les forces armées, dont MM. Bruno Leblanc (infanterie), Paul Blanchette, Donat Masse, Armand Roux, Robert Turcotte (infanterie), Clément Lemay (aviation), le Dr André Proulx, Arthur Dupont (artillerie) et Armand Anctil (fit l'entraînement seulement). Il semble toutefois que seul le capitaine Laurent Crochetière qui combattit en Italie de 1943 à 1945 avec le régiment Princesse Louise Fusiliers ait effectivement participé aux combats en Europe.

Chronique no 44

L'on retrouve, à la fin des années 1930 début 1940, entre autres commerces, la boucherie d'Armand Bernier (depuis au moins 1935) , rue St-Georges, à l'emplacement de M. Jacques Tremblay aujourd'hui. La cordonnerie de M. Thomas Leboeuf ouverte en 1937 face à sa résidence durera 47 ans. M. Leboeuf détient possiblement le record de longévité pour un commerce exploité par un même propriétaire à Manseau. On remarque également trois restaurants: celui d'Herman Genest à l'emplacement de M. Albert Geoffroy aujourd'hui; celui de Louis-Joseph Paris, rue St-Georges, dans la maison qui abritait la banque, face à Me Normand Provencher (maison qui n'existe plus aujourd'hui) et enfin, à partir de 1941, celui de Georges-Henri Daigle, rue St-Georges, entre la maison de son père et la voie ferrée. Philippe Gervais vend de la glace et même, de la crème glacée.

À l'été 1938, Manseau reçoit la visite de l'homme fort célèbre Victor Delamarre et ses fils dont les tours de force épatent l'assistance. Delamarre défie amicalement les hommes forts présents d'égaler ou même, surpasser ses exploits; plusieurs relèveront le défi. L'année suivante, quelques mois avant la déclaration de guerre, les citoyens de Manseau peuvent acclamer et rendre leur salut au roi d'Angleterre George VI et la reine lors de leur passage dans un train spécial. Le couple royal était en visite officielle au Canada en mai et juin 1939, voyage qui avait pour but de resserrer les liens d'amitié avec l'Angleterre suite à la détérioration de la situation en Europe.

L'hiver, les chemins des rangs ne sont pas encore ouverts à la circulation automobile. L'entretien des rues du village est confié, pour l'hiver 1937-38, à Henri Beauchesne. La patinoire sur l'étang de la rivière, à l'arrière de Moose Park, existe toujours et se trouve placée sous la responsabilité d'Eugène Cadieux. C'est aussi à cette époque que l'on démolit la grande bâtisse dite "des sectionnaires" (ou "cessionnaires", comme on entend parfois), située le long de la voie ferrée, à l'ouest de la gare et de la rue St-Albert. Construite en 1904 par la Moose Park Lumber pour loger ses employés, devenue par la suite la propriété du Canadien National, la bâtisse exigeait trop de réparations et il fut décidé de la démolir. Un autre bâtiment historique, le magasin général Savoie allait, lui aussi, disparaître lors d'un incendie survenu le 20 février 1940 en pleine nuit et par un froid cinglant. À cause de l'ampleur du brasier, on craignit pendant un certain temps pour la gare et les maisons environnantes mais les pompiers et volontaires attirés sur les lieux par la sirène du moulin à scie réussirent finalement à circonscrire les flammes. Selon l'habitude, l'abbé Tétreau participait, lui aussi, aux opérations.

Chronique no 45

En 1940, la succursale de la Banque Canadienne Nationale se trouve chez Arthur Bernier, rue St-Georges (M. Réal Lebrun aujourd'hui). Située à l'origine chez Cyriac Kirouac à l'angle des rues St-Georges et des Peupliers et tenue par sa fille Marie (Mme Philippe Gervais) pendant 8 ans, cette succursale sera transférée vers 1925 chez Napoléon Paris et placée sous la gérance de son épouse (là où Angèle Paris avait mis en fuite les voleurs à coups de révolver en 1931) avant d'être finalement confiée à Arthur Bernier.

 À l'hiver 1940, Émery Daigle, maître de poste depuis de nombreuses années, décède. Au tout début de Moose Park, le bureau de poste aurait été situé, notamment, à la gare puis au magasin général de la Moose Park Lumber (résidence de Mme Georges-Henri Daigle aujourd'hui) et enfin, dans une bâtisse située rue St-Georges, entre les résidences de M. Réal Lebrun et Mme Georges-Henri Daigle). Jos Neveu aurait été le maître de poste à ce moment. De là, le bureau de poste, tenu dorénavant par Émery Daigle, sera logé dans une pièce à l'arrière de la maison de Cyriac Kirouac puis, à compter de 1928, dans la résidence même d'Émery Daigle, rue St-Albert (Mme Berthe Atkinson aujourd'hui) et ce, jusqu'à son décès. À compter de 1941, Estelle Paré aidée de sa soeur Juliette prend la relève et le bureau de poste se retrouve rue St-Georges, dans la grande maison à appartements voisine de M. Réal Lebrun. Auparavant, cette maison avait été exploitée comme hôtel par Damase Champagne et aussi par un M. Fortin et un M. Denis; elle avait aussi servi de résidence à Maurice Savoie.

 Au printemps 1941, les citoyens de Manseau, paroisse et village, sont appelés à se prononcer pour ou contre l'adoption de l'heure avancée. À cause de la guerre, le gouvernement fédéral incitait fortement toutes les provinces à adopter l'heure avancée car cette mesure favorisait l'économie d'énergie en permettant une heure de clarté de plus en fin de journée. À l'époque, chaque municipalité pouvait adopter ou non l'heure avancée par résolution du conseil (pourvu que la province autorise l'heure avancée). On imagine sans peine le fouillis: certaines municipalités optaient pour l'heure avancée alors que d'autres restaient à l'heure normale. Cette situation sera, du reste, corrigée par la suite en assurant que tous suivent la même heure dans une même province. Au village de Manseau, l'adoption de l'heure avancée ne faisait pas l'unanimité et certains s'y opposaient : c'est donc par voie de référendum que le conseil décida de consulter ses concitoyens. Le 18 avril 1941, les contribuables de Manseau village choisirent finalement l'heure avancée par 10 voix de majorité seulement, mesure qui entra en vigueur le 1er mai suivant.

Chronique no 46

Parmi les nombreux travaux publics mis de l'avant par les gouvernements Taschereau et Duplessis pour lutter contre le chômage et relancer l'économie, il s'en trouvait un particulièrement ambitieux: relier Montréal et Québec au moyen d'une route directe sur pavage de béton. Confié au ministère de la Voirie le projet consistait, pour le moment, à réaliser les deux voies côté nord seulement entre Québec et Montréal, où l'on circulerait dans les deux directions d'ailleurs. Dans les années à venir, l'ajout de deux autres voies séparées, côté sud, allait compléter le projet sous le nom d'autoroute 20 "Jean-Lesage". Or, au printemps 1941, ce chantier approchait de Manseau. La future transcanadienne portait encore le nom de route no 9 "Boulevard Sir Wilfrid Laurier". La seule autre route sur pavage dur du comté de Nicolet consistait en la route no 3 longeant le fleuve. D'après une publication de l'époque, la route no 3 était en macadam, sorte de revêtement consistant en grosses pierres avec du gravier fin compacté, recouvert d'argile ou de goudron pour en assurer l'étanchéité. La route 49 qui traversait Manseau (aujourd'hui route 218) demeurait une route sur gravier première classe.

 À l'automne 1941, le chantier de la route no 9  fournissait de l'emploi à 78 travailleurs dont 48 provenaient des Trois-Rivières et 4 du Cap-de-la-Madeleine et choisis parmi les chômeurs et sans-emplois demandant du secours direct à ces deux villes (le secours direct était la responsabilité des municipalités à cette époque). Le travail consistait naturellement à abattre les arbres, les faire brûler (ce qui allait occasionner plusieurs feux d'abattis hors contrôle tout le long du parcours), essoucher le terrain au moyen de chevaux et d'un tracteur de la Voirie, creuser des fossés et faire le terrassement. Les hommes logeaient dans des camps situés à St-Louis-de-Blandford répartis en dortoirs, cuisines et bureaux. Le contremaître Eddie Vien, de Victoriaville, assurait la bonne marche du chantier. En 1944, le revêtement de béton de la route no 9 était complété à Manseau.

 Le maire des Trois-Rivières, Arthur Rousseau, ayant eu vent de rumeurs à l'effet que les travailleurs se plaignaient de mauvais traitements, sentit le besoin, en bon politicien, de venir faire une visite surprise sur le chantier pour vérifier par lui-même la situation. Après avoir visité les installations et pris un repas en compagnie des travailleurs, il put s'assurer que les rumeurs étaient exagérées et que les hommes, dans l'ensemble, se montraient satisfaits de leurs conditions de travail excepté les salaires, jugés trop bas. Chaque homme gagnait $3.00 par jour sur lesquels on retenait $0.75 pour la pension. Il restait donc à chacun, en moyenne, de $10.00 à $12.00 par semaine, que les hommes considéraient bien peu pour faire vivre décemment les familles nombreuses du temps.

Chronique no 47

Vers 1941, Georges-Henri Daigle avait construit un restaurant entre la résidence de son père et la voie ferrée, rue St-Georges. Or, une nuit de juin 1943, vers 1:00 hre du matin, un train de fret de 60 wagons réfrigérés percute, à grande vitesse, l'arrière d'un autre convoi qui reculait sur la voie. Sous la violence du choc, la locomotive du convoi réfrigéré se renverse à travers le passage à niveau, tout près du restaurant entouré de wagons et de débris de toutes sortes. Le vacarme réveille le village; certains croient même à un bombardement. Isabelle Daigle, qui se préparait à fermer le restaurant pour la nuit, s'en tire indemne malgré la vapeur bouillante qui s'échappe de la locomotive renversée.

Des incidents reliés à la voie ferrée se produisaient forcément de temps à autre. En mars 1942, Adrien Boucher voit son cheval s'arrêter au passage à niveau, incapable de tirer plus loin sa lourde charge par manque de neige sous les patins du sleigh. Il n'eut pas le temps de dételer son cheval que déjà un train le heurtait à mort. En 1947, deux chevaux appartenant à Joseph Vallières de St-Louis-de-Blandford prirent le mors aux dents alors qu'on était occupé à charger sur leur voiture un épandeur à engrais à l'entrepôt de la gare. Un train qui passait à côté leur fit prendre l'épouvante: ils échappèrent à leur conducteur et, au lieu de s'éloigner du convoi, allèrent se jeter dessus, se tuant sur le coup. La même année, Jos Nobert, garagiste, se préparait à traverser la voie ferrée quand une panne de moteur soudaine immobilise son automobile au beau milieu du passage à niveau alors qu'un train se pointe à l'horizon. Il tenta bien de dégager la voie mais ce fut finalement le train qui s'en chargea à sa place, infligeant de lourds dommages à sa voiture.

En septembre 1937, des enfants découvrirent le cadavre d'Aurèle Laroche, fils de Louis Laroche, dans un fossé le long de la voie ferrée entre Manseau et Villeroy. L'homme, âgé d'une vingtaine d'années, avait eu le crâne, une jambe et un bras fracturés. Tout indiquait qu'il avait été heurté par un train dans des circonstances bien mystérieuses. Il semblait improbable qu'il ait pu être distrait au point de ne pas voir ou entendre venir un train alors qu'il marchait sur la voie et aucun mécanicien de locomotive ne rapporta jamais semblable incident. S'agissait-il d'un meurtre, d'un suicide ou d'un accident? Était-il tombé du train en marche? L'enquête permit d'établir que, dix jours auparavant, il était parti pour les chantiers. À défaut de témoins et d'indications à l'effet contraire, le coroner rendit un verdict de mort accidentelle, l'homme emportant dans sa tombe son secret.

Chronique no 48

 En 1942, la population de Manseau se chiffre à 1,180 habitants dont 442 pour le village et 738 pour la paroisse. Il s'agit d'une légère augmentation par rapport à 1931 mais une indication que Manseau ne peut absorber l'accroissement naturel des naissances et que certains quittent pour gagner leur vie ailleurs. Ainsi, le rang Belgique qui comptait, dans ses bonnes années une vingtaine de maisons voyait sa population décliner. Déjà en 1931-32 on ne comptait que 9 élèves d'inscrits (dont 7 présents) dans l'école de ce rang. Cette année-là, Fernande St-Pierre y faisait la classe à 5 divisions. Le nombre d'élèves allait fluctuer par la suite car l'arrivée ou le départ d'une seule famille nombreuse pouvait signifier 3 ou 4 élèves en plus ou en moins à l'école. Quoiqu'il en soit, en 1943 on ne trouvait plus que 4 élèves dans le rang Belgique; de 1943 à 1945, l'école eut lieu dans la maison d' Adrien Boucher, située entre l'école et la voie ferrée. Liliane St-Onge et Pauline Dionne y enseignèrent. La grande école, trop vaste pour si peu d'élèves, ne servait déjà plus.

 À cette époque, les terres de la paroisse de Nicolet-Sud étaient considérées comme les meilleures du comté de Nicolet avec une valeur moyenne de $12,000 chacune tandis que celles de Manseau, Lemieux et Ste-Marie se retrouvaient à l'opposé avec une valeur moyenne de $4,800 chacune. Le revenu moyen de chaque agriculteur du comté de Nicolet se chiffrait à $1,131 en 1942; ce revenu moyen était de $2,400 par agriculteur dans la paroisse de Nicolet-Sud, la plus riche; Manseau se classait 21e sur 25 avec un revenu annuel moyen de $730 par agriculteur. Manseau était cependant un centre reconnu pour la production de la pomme de terre et voici une statistique qui fera sourire les agriculteurs d'aujourd'hui: la moyenne de la production laitière en 1941 était de 4,447 livres (2,022 kg) de lait par vache dans le comté de Nicolet.

 En revanche, Manseau possédait la plus grande des 26 scieries en activité dans le comté. À cause des commandes pour soutenir l'effort de guerre, le moulin Savoie Frères employait 75 à 80 personnes et fonctionnait jour et nuit. On n'y faisait que la refente et le planage du bois uniquement. Le bois équarri provenait surtout du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, un peu du Québec et de l'Ontario. Le bois traité, consistant en sapin, épinette et pin, était expédié en Ontario, au Québec et aux États-Unis. Le transport de faisait surtout par le train mais du bois était aussi acheminé au moulin en provenance du port de St-Pierre-les-Becquets, l'un des quatre ports du comté de Nicolet en opération en 1942 avec celui situé à l'embouchure de la rivière Nicolet, celui du Port St-François et celui de Ste-Angèle-de-Laval (seul quai en eau profonde de Nicolet).

Chronique no 49

 Depuis l'été 1939, la portion de la route 49 (aujourd'hui 218) qui traversait le village en empruntant les rues St-Albert, St-Joseph (des Peupliers), St-Georges et St-Alphonse était recouverte d'asphalte dans sa plus grande partie. Toutefois, sur la rue St-Alphonse, l'asphalte s'arrêtait devant la propriété de Joseph Charland (bloc à appartements face à l'intersection de la rue Charland aujourd'hui), laissant la partie ouest de cette rue en direction du rang d'En-Haut sur le gravier. Pour réduire les coûts, on avait considéré que les limites du village proprement dit commençaient à cet endroit. Il faut dire aussi que les terrains de la rue St-Alphonse situés au-delà de chez Joseph Charland n'étaient pas tous construits comme aujourd'hui. En dépit de ces améliorations, des fossés bordaient plus ou moins les rues du village: il faudra attendre la réfection complète du système d'aqueduc et d'égouts en 1957 pour les voir disparaître complètement.

Joseph Charland possédait non seulement la terre située au sud de la rue St-Alphonse (elle deviendra, plus tard, la propriété de Josaphat Trottier) mais aussi des terrains situés au nord de cette même rue. C'est lui qui vendra des emplacements sur la rue Charland, qui porte son nom. Il fit aussi du taxi dans les années 1930 et 1940 avant que Jos Nobert ne prenne la relève pendant de nombreuses années par la suite. Avant lui, Omer Lemay avait, lui aussi, dans les années 1920 et 1930 offert un service de taxi avec son employé, surnommé le Rouge à Turgeon.

Vers 1942, Jos Nobert ouvre son dépanneur, au coin des rues St-Alphonse et Roux, à côté de son garage. À l'été 1942, Wilfrid Maheu achète la maison de la succession de Dame Vve Télesphore Robert (Virginie Dubé), rue St-Alphonse (sur l'emplacement de la bâtisse construite par Marcel Labonté) et y exerce le métier de ferblantier. En novembre de cette année, Georges Tremblay, originaire de Notre-Dame-de-Lourdes, se porte acquéreur de la propriété d'Armand Bernier, rue St-Georges; il s'occupera de la boucherie pendant plusieurs années. Enfin, en décembre 1942, le Dr J.-Maurice Malchelosse décède à l'âge de 65 ans, après avoir vécu pendant 30 ans à Manseau. En plus d'être le médecin attitré du Canadien National pour le secteur, il avait rempli de nombreuses fonctions au sein de la collectivité. Il sera remplacé par le Dr Lebel qui habitera la maison de Jules Savoie, rue St-Georges, à côté du moulin à scie. Le séjour à Manseau du Dr Lebel sera de courte durée, quelques mois seulement. Dès avril 1943, il était remplacé par le Dr Vézina

Chronique no 50

Dans les années 1940, on célébrait avec éclat la période du temps des Fêtes à Manseau comme partout ailleurs. L'esprit de famille, la piété et la ferveur religieuse du temps se combinaient pour resserrer le tissu social, favoriser les réunions de famille et créer une atmosphère propice à la joie intérieure. L'Avent, dédiée à la pénitence et au recueillement, préparait la grande fête de Noël, elle-même suivie du Jour de l'An et de la fête des Rois, le 6 janvier. Les réjouissances duraient deux bonnes semaines au cours desquelles on fraternisait entre parents et amis; on profitait parfois de l'occasion pour enterrer les vieilles chicanes et repartir du bon pied...

On se préparait longtemps d'avance pour la nuit de Noël et la messe de Minuit. L'église, illuminée et décorée avec soin par les Soeurs de l'Assomption, brillait de tous ses feux en cette nuit d'hiver. On soignait particulièrement le chant: notre paroisse pouvait compter, à l'époque, sur trois chorales: celle des hommes, la chorale mixte et la chorale des élèves du couvent. Plusieurs solistes, souvent différents d'une année à l'autre, se succédaient pour offrir leurs plus belles performances et rendre le "Minuit, chrétiens", l' "Adeste Fideles" et tous les autres chants traditionnels sans lesquels la messe de Minuit aurait été impensable. Le curé de la paroisse officiait, aidé habituellement en cela par quatre servants de messe choisis parmi les hommes adultes mais en cette messe de Minuit de décembre 1942, l'abbé Tétreau avait retenu, pour l'assister, quatre étudiants au collège: Hubert Gervais, Bertrand Savoie, Bruno Cotnoir et René Crochetière. Un prêtre invité s'occupait parfois du sermon. Isabelle Daigle surtout, ses soeurs Rachel et Bourgeoise ainsi que les Soeurs de l'Assomption touchaient l'orgue selon les besoins. Chacun contribuait à la fête à la mesure de ses moyens.

Une seconde messe, la messe de l'Aurore, suivait immédiatement la messe de Minuit. Lors de cette seconde célébration, la chorale des élèves du couvent placée sous la direction des Soeurs de l'Assomption, occupait une place importante avec du chant à 2 et 3 voix (une performance digne d'éloge de la part de ces jeunes aux paupières lourdes de sommeil, sans doute). Enfin, le jour de Noël proprement dit, avait lieu la messe du Jour, célébrée souvent par le prêtre invité à 9:00hres ou 9:30hres de l'avant-midi et suivie, en après-midi ou en soirée, par les Vêpres.

Chronique no 51         

La tradition de fêter le Nouvel An remonte à environ 2000 ans avant Jésus-Christ et provient du Moyen-Orient. À cette époque, la fête se tenait au printemps: on y faisait des offrandes pour favoriser les récoltes à venir. Jules César, au temps de Rome, déplaça le Nouvel An au premier janvier de chaque année. Pour nous, le passage à la nouvelle année coïncide, pour ainsi dire, avec la fête religieuse de la Saint Sylvestre, le 31 décembre.

Certaines familles célèbrent le Jour de l'An le 31 décembre au soir; d'autres, le 1er janvier. Avec Noël, le Jour de l'An fournit une occasion de rencontres entre parents et amis autour d'une table bien garnie de plats traditionnels: dinde, ragoût de patte de cochon, pâté à la viande, tourtière, beignes, etc., le tout précédé d'un petit verre ou deux de gros gin. Les jeux de société, la danse (rigodons, sets carrés où l'on porte parfois la ceinture fléchée) et le chant suivent le repas, selon le cas. Autrefois, on distribuait les cadeaux le Jour de l'An au lieu de Noël suivant en cela la tradition canadienne-française, la remise des étrennes à Noël étant une coutume typiquement anglaise et relativement récente. Il se pratique encore dans certaines familles la bénédiction paternelle: l'aîné des fils demande à son père de bénir toute la famille, agenouillée en cette occasion.

La période du temps des Fêtes, placée sous le signe de l'abondance, met cependant en évidence les privations des plus pauvres. Dans certaines paroisses, le curé, accompagné des marguilliers, visitait ses paroissiens entre Noël et le Jour de l'An pour recueillir des dons en argent ou en victuailles que l'on distribuait aux moins bien nantis: c'était la quête de l'Enfant Jésus. Dans le même esprit de partage et de solidarité se trouvait la guignolée. Ce nom proviendrait de l'expression "Au gui l'an neuf", utilisée par nos lointains ancêtres gaulois en France lorsqu'ils remettaient, le 31 décembre de chaque année, une tige de gui aux malades, aux pauvres et aux soldats. On attribuait à cette plante des vertus curatives; elle était aussi un symbole d'immortalité et l'on espérait que ceux qui en recevaient verraient leur sort s'améliorer. Au Québec, la Société St-Vincent-de-Paul organisa la première guignolée vers 1861. Le 31 décembre, des bénévoles visitaient chaque maison de leur paroisse pour recueillir des dons en argent ou en nature à distribuer aux pauvres. La coutume voulait que chaque chef de famille visité verse à chacun des bénévole un verre de "petit blanc" pour réchauffer du froid. Mais ce geste, répété de maison en maison, entraînait parfois des excès: les bénévoles tout joyeux avaient parfois bien du mal à terminer leur tournée dans le bon ordre et ce, à une époque où la tempérance était de rigueur. La guignolée se continue de nos jours avec succès dans un contexte différent et avec une formule adaptée aux besoins actuels.

Chronique no 52

Autrefois Manseau comptait plusieurs conseils dont les membres sortants devaient être réélus ou remplacés à intervalles réguliers. On retrouvait ainsi deux conseils municipaux: l'un pour le village et l'autre, pour la paroisse; deux conseils scolaires: paroisse et village également ainsi que le conseil de la Fabrique. À ces organismes principaux, s'en ajoutaient d'autres reliés aux loisirs, aux sports et autres activités sociales qui, eux aussi, élisaient des représentants choisis parmi la population.

D'une façon générale, les citoyens n'hésitaient pas à s'impliquer activement dans les affaires de la paroisse: c'était même un devoir que de le faire car après la famille, la paroisse occupait une place prépondérante à cette époque. Les volontaires ne manquaient pas et on considérait qu'il était normal d'occuper une charge pendant un ou deux mandats dans l'intérêt collectif puis, de céder sa place à un autre. La plupart des nominations se faisaient sans opposition mais il y avait parfois aussi des élections chaudement disputées surtout à la mairie du village, comme l'élection de Gatien Trempe en 1943 par 16 voix de majorité sur Omer Lecomte, maire sortant. Gatien Trempe sera lui-même défait deux ans plus tard par Alfred Savoie à la mairie par 46 voix. Les rivalités surtout entre les hommes d'affaires pour l'influence et le contrôle des destinées de la place faisaient partie de la vie démocratique du temps; chacun tentait de placer ses hommes au bon endroit, au bon moment. Mais, dans l'ensemble, ces rivalités demeuraient civilisées et ce même si l'on jouait du coude assez fort à l'occasion. Cette compétition ressemblait davantage à un jeu où chacun cherchait à porter un petit coup à l'adversaire pour l'affaiblir et renforcer sa propre position.

En 1943, le conseil municipal du village comprenait: Émile Bergeron, Georges Cantin, Albert Cloutier, Alfred Savoie, Joseph Charland, Télesphore Soucy et Gatien Trempe, maire. Le conseil municipal de la paroisse était constitué de: Gaudias Bergeron, Antoine Gagné, Alphonse Vachon, Émile Nobert, Pierre Roy, Napoléon Turgeon et Charles St-Pierre, maire. En 1944, le conseil scolaire du village était formé de: Gérard Soucy, Henri Cotnoir, Élie Bédard, Thomas Leboeuf et Jean-Marie Savoie, président tandis que le conseil scolaire de la paroisse comprenait: Benoît Lapointe, Wilfrid Provencher, Jeffrey Geoffroy, Pierre Roy, Richard Dubois et Bruno Dionne, président. Le secrétaire de ces quatre conseils était le notaire J.-F. Paré. Le conseil de la Fabrique comprenait, en 1945, outre l'abbé Tétreau: Henri Raymond, Napoléon Kirouac, Victor Trottier, Henri Cotnoir, Charles St-Pierre et Georges Ouellet.


Chronique no 53

En 1942, Alfred Savoie achète de ses frères Jules et Jean-Marie leur part dans le moulin à scie dont il devient ainsi le seul propriétaire tout en conservant la raison sociale "Savoie Frères". Il réorganise la production, abandonne la vente de bois au détail et se spécialise dans les contrats avec des grossistes et de gros clients. Vers cette époque, le bureau du moulin à scie est situé dans la cour à bois, face à la gare, entre les rues St-Georges et St-Albert. Le sous-sol sert à l'entreposage des pièces de rechange et outils pour l'entretien et la réparation de l'équipement du moulin. Cette bâtisse sera déménagée vers les années 1970 au coin des rues Roux et St-Alphonse et habitée par M. Denis St-Cyr.

À l'été 1943, Ludger Labrie, de Villeroy, achète la maison de Mme Henri Beaulac, rue St-Albert. Il y sera mécanicien, camionneur et exploitera plus tard la sablière Labrie au sud de l'autoroute 20. En 1944, M. Jean-Marie St-Pierre ouvre son commerce d'horloger bijoutier, rue St-Alphonse, après avoir travaillé quelque temps pour Maurice Savoie qui vendait des radios Marconi dans son nouveau magasin général, reconstruit au même endroit l'été suivant l'incendie de février 1940. Au début, M. St-Pierre faisait, entre autre, la vente de radios et disques RCA Victor. Il réparait montres, horloges, bijoux et aussi des appareils électriques qui commençaient à apparaître. Dans les années 1950 s'y ajoutèrent la vente de téléviseurs RCA Victor, leur réparation, la pose d'antennes et l'installation de téléviseurs vendus par Maurice Savoie également. En 1944, son atelier était situé dans une petite maison construite par l'abbé Tétreau peu de temps après son arrivée à Manseau, entre le presbytère et l'église, pour loger un employé qui venait de l'extérieur et qui lui servait de sacristain et de fermier pour ses animaux. Cette maison sera déménagée sur la rue St-Alphonse là où M. St-Pierre ouvrira son commerce en 1944. En 1948, lors de la construction de la résidence actuelle de M. St-Pierre, cette petite bâtisse sera déménagée à nouveau dans la rue Charland cette fois et occupée par Alphonse Hamel. L'année 1944 voit également la réfection des trottoirs de ciment à Manseau: l'inspecteur municipal Jean-Baptiste Monfette supervise les travaux. On remarque aussi l'existence d'un service d'autobus entre Manseau et Québec assuré par les Autobus Nicol, dont le chauffeur, Hermas Beaudet, achète cette année-là la maison de Walter Pinard, rue St-Alphonse.

En 1945, Jean-Baptiste Rioux, laitier, fait l'acquisition de Gatien Trempe de la ferme d'Ovide Plourde et fait la livraison du lait à domicile. Gatien Trempe avait lui-même acheté cette ferme d'Ovide Plourde en 1943; des employés l'exploitaient et faisaient la livraison du lait pour lui . Au décès de Jean-Baptiste Rioux en 1961, le commerce sera continué par son fils, M. Jean-Marie Rioux jusque vers la fin des années 1960.

Chronique no 54

L'abbé Frédéric Tétreau était un homme préoccupé de justice sociale qui voyait dans les coopératives un instrument de développement économique et social, surtout en milieu rural. Au fond, il appliquait avec zèle la doctrine sociale de l'Église du temps qui, tout en réfutant le socialisme, approuvait les revendications légitimes des travailleurs pour de meilleures conditions de vie et incitait les ouvriers à prendre en mains leur propre développement. L'abbé Tétreau considérait qu'il était du devoir de l'Église de veiller au mieux-être général de ses ouailles tant matériel que spirituel et il plaça volontiers ses propres talents d'administrateur au service de la communauté.

Peu de temps après son arrivée à Manseau, l'abbé Tétreau mit sur pied, avec d'autres paroissiens, une coopérative dont le but était d'amasser des fonds pour attirer une entreprise de l'extérieur et donc, créer des emplois. Des bénévoles passèrent par les maisons pour vendre des parts sociales de cette coopérative. Les sommes recueillies servirent à la construction de la bâtisse connue aujourd'hui sous le nom d'édifice Dickson et Dumais, où viendra s'établir, vers 1940, la manufacture de tricot Gill et Labonté. Plus tard, cette entreprise fera place à la Ideal Dress Company, propriété de Sam Lupovitch de Montréal et dont la contremaîtresse sera, à compter de l'automne 1945, Alice Cooke. La Ideal Dress Company fermera ses portes définitivement au printemps suivant, suite à la grève de sa vingtaine d'employées. Puis, la manufacture de couture Dickson et Dumais prendra la relève par la suite; la résidence personnelle de M. Dickson abrite aujourd'hui le restaurant Cric-Oui.

L'ouverture du magasin connu sous le nom de " la Coopérative" vers 1947 procédait aussi du même esprit d'entraide et de coopération et est une autre initiative de l'abbé Tétreau. Le magasin, situé à l'origine dans l'entrepôt du magasin général de Maurice Savoie, s'adressait cette fois aux cultivateurs qui pouvaient y acheter moulées, semences, outils et équipement de ferme à des prix plus avantageux qu'ailleurs. Ce commerce entrait toutefois en compétition directe avec le magasin de Gatien Trempe qui offrait les mêmes produits. Le premier gérant fut Gilles Anctil qui avait été engagé comme sacristain et pour s'ocuper de la ferme de l'abbé Tétreau en 1946 mais ce dernier avait accepté de s'en séparer, convaincu que M. Anctil ferait un bon gérant à la tête de l'entreprise. En fait, le succès fut tel que la Coopérative dut bientôt déménager dans de nouveaux locaux, plus vastes et construits spécialement pour ses besoins à l'angle des rues Ste-Sophie et des Peupliers, sur le terrain d'Amédée Goyette, là où se trouve le salon funéraire actuel.

Chronique no 55

Un jour de 1948, l'abbé Tétreau et Amédée Goyette, un homme âgé demeurant sur la rue des Peupliers, se rencontrent dans le village. Les relations entre les deux hommes étant tendues depuis quelque temps, une dispute éclate entre eux. Arthur Lefebvre et d'autres employés du moulin à scie accourent sur les lieux pour mettre fin à l'altercation, Amédée Goyette frappant vigoureusement l'abbé Tétreau à coup de canne...Homme au tempérament bouillant mais aussi homme d'église, l'abbé Tétreau se doit de montrer l'exemple et pardonner mais pas trop vite tout de même puisqu'il porte plainte à la police d'abord. L'affaire se retrouve devant les tribunaux et, malgré son âge avancé, Amédée Goyette est condamné à une peine de prison. On ne le reverra plus à Manseau par la suite. Son neveu, Wilfrid Jutras, achètera sa maison qu'il déménagera plus loin sur la rue des Peupliers pour l'habiter. Le terrain ainsi laissé vacant sera acquis par la Coopérative pour y construire son nouveau magasin à l'angle des rues Ste-Sophie et des Peupliers.

L'apport le plus durable de l'abbé Tétreau à Manseau reste sans contredit la fondation de la Caisse populaire le 8 juillet 1946. La première gérante en sera Agathe Cotnoir; elle tiendra la Caisse dans la maison de son père, Henri Cotnoir, rue St-Georges. Le conseil d'administration était formé d'Henri Cotnoir, Richard Dubois, Georges Ouellet, Hector Prévost, François Savoie, Joseph Villeneuve et Charles St-Pierre, président. La commission de crédit comprenait Gérard Gervais, Joseph Nobert et Georges Raymond tandis que le conseil de surveillance était constitué de l'abbé Tétreau, Valère St-Pierre, Josaphat Trottier et Charles-Aimé Vachon. Les prêts aux sociétaires étaient limités à $300.00 et l'on compta bientôt 48 membres pour un actif de $4,580.00. La population de Manseau, début 1946, se chiffrait à 1,251 habitants dont 1,181 communiants.

L'abbé Tétreau fut moins heureux dans sa tentative de syndiquer les employés du moulin à scie. Il avait probablement sous-estimé les difficultés du projet mais il faut avouer qu'il se frottait à forte partie... Le principal promoteur du syndicat et employé du moulin à scie sur qui reposait la procédure d'accréditation avait eu la malencontreuse idée de s'absenter du travail sans pouvoir fournir de billet du médecin, ce qui entraîna son congédiement sur-le-champ. Tout le processus d'accréditation syndicale tomba ainsi à l'eau, par manque de volontaire pour prendre la relève et occuper cette périlleuse position...

Chronique no 56

L'ouverture vers 1946 par Henri Gervais du théâtre appelé "Salle Royal" (sic), rue St-Albert, allait être une autre épreuve pour l'abbé Tétreau... Les films projetés à cet endroit entraient en compétition directe avec ses propres représentations cinématographiques données au sous-sol de l'église au bénéfice de la Fabrique. Devant la baisse de sa clientèle, l'abbé Tétreau ne se gênait pas pour critiquer son compétiteur et comparer le nouveau théâtre à un lieu de perdition... Pourtant la situation n'avait rien de catastrophique pour la Fabrique: excellent administrateur, l'abbé Tétreau avait effacé la dette en huit ans et les surplus annuels demeuraient considérables, malgré tout.

En revanche, l'abbé Tétreau trouvait réconfort auprès de ses animaux dont il aimait s'entourer et pour lesquels il manifestait une patience surprenante. En plus de sa ferme du rang d'En-Haut, il logeait confortablement ses pigeons dans le grenier, deux poneys au sous-sol du presbytère (l'un des deux s'appelait "Topsy") tandis que l'appentis du presbytère abritait des volailles de toutes sortes. Mais son animal préféré était probablement son bouledogue anglais, de race, importé à grands frais d'Angleterre, appelé "Capitaine". Pendant son transport au-dessus de l'Atlantique, le pauvre chien avait été tellement traumatisé par le long voyage dans la soute à bagages de l'avion et dans le bruit assourdissant des moteurs, qu'à chaque fois qu'il entendait un avion survoler Manseau il piquait une crise de nerfs et devenait comme fou. Entre deux avions, le chien était libre de baver abondamment et à volonté sur les planchers du presbytère à moins qu'il ne préfère grignoter les boiseries ici et là pour calmer une petite faim ou se faire les dents. Les pigeons dans le grenier, les poneys dans le sous-sol, les volailles dans l'appentis et le chien baveux laissaient probablement une impression de séjour à la ferme à l'évêque et aux prêtres qui visitaient le presbytère de l'abbé Tétreau...

Vers 1944, Henri Raymond quitte sa terre du rang d'En-Bas (M. Philippe Lauzière aujourd'hui) pour continuer son commerce de boucherie au village (abattoir de M. Bertrand Raymond). Son fils, Lucien Raymond, prendra la relève par la suite et fera prospérer l'entreprise. Il y avait aussi Roméo Raymond qui commerçait sur tout ce qui pouvait se vendre et s'acheter: il sera boucher quelque temps lui aussi, gardera des lapins et des abeilles. À la même époque, dans le rang d'En-Haut, Jean-Baptiste Dubois possédait aussi son commerce de boucherie. Il fera pendant une quinzaine d'années la livraison à domicile de produits de la ferme: viande, boudin, oeufs, conserves, etc. La dernière entrée de son carnet de commandes date du 2 janvier 1952 et porte le nom de Roger Blais qui habitait le rang Belgique alors.

Chronique no 57

En 1946, le Ministère des Transports procède à d'importants travaux de gravelage sur la route 49 (218, aujourd'hui); Charles-Auguste Nobert, cantonnier, surveille les travaux. On remarque l'existence, cette année-là, d'un petit atelier de portes et fenêtres propriété d' Hervé Héon, situé à l'arrière des Ameublements Manseau Inc. Ce commerce ne semble pas avoir duré très longtemps puisque, vers 1947, Georges Tremblay ferme sa boucherie et ouvre sa propre entreprise de portes et fenêtres, rue St-Georges; l'atelier d'Hervé Héon n'était déjà plus en activité à ce moment. Au fil des années, MM. Joseph Sylvestre, Rolland et Rodrigue Santerre travailleront à l'atelier de M. Tremblay; cette entreprise demeurera en activité jusqu'en 1965, date à laquelle ce dernier construira son garage à proximité de l'autoroute 20.

En janvier 1947, le Dr André Proulx arrive à Manseau, le Dr Georges Lebel ayant quitté notre paroisse l'année précédente. Le Dr Proulx s'installe d'abord chez Philippe Gervais puis, après six mois, fait construire une maison à l'angle des rues St-Georges et St-Alphonse, côté est, sur un terrain acheté de la Fabrique. C'est avec regrets, sans doute, que l'abbé Tétreau doit déménager ses vaches qui pacageaient cet emplacement et qu'il pouvait surveiller du coin de l'oeil à partir du presbytère. Puis, en 1958, le Dr Proulx fera construire sa résidence près de la rivière du Chêne où il exercera sa profession jusqu'à sa retraite en juillet 1991 après 45 ans de pratique. Il sera dentiste, pharmacien et médecin tout à la fois. Il occupera la charge de coroner pendant 42 ans et de médecin du Canadien National, qui ne paie pas mais donne droit à une passe de chemin de fer gratuite. De plus, il sera médecin de colonie: en contrepartie d'un montant mensuel fixe payé par le gouvernement, il dispensera des soins médicaux gratuits aux habitants de la colonie de Lemieux, ces derniers n'ayant pas à payer leurs consultations médicales. Dans ses moments de loisirs, il s'intéressera à la plantation et au reboisement des terres abandonnées; il achètera sa première terre en 1954. À Manseau, seuls Valère St-Pierre et Donat Masse ont fait de la plantation avant lui. Le Dr Proulx quittera Manseau définitivement à l'été 2004.

Lors de l'année scolaire de 1947-48, l'abbé Georges W. Massey donne des cours préparatoires aux quelques garçons de Manseau qui se destinent au cours classique. Ces cours se donnaient dans le sous-sol de l'église. L'abbé Tétreau en était probablement l'instigateur pour favoriser les études classiques mais l'expérience fut de courte durée. Pendant son séjour à Manseau, l'abbé Massey mettra également sur pied une fanfare.

Chronique no 58

En 1947, Léodore Lampron ouvre son garage sur la rue St-Alphonse, à côté de chez M. Jean-Marie St-Pierre, sous la bannière Texaco. Sur la même rue, Jos Nobert tient aussi garage mais sous la bannière Imperial: Aimé Lavertue y travailla comme mécanicien un certain temps. L'épouse de Léodore Lampron, Alice Cooke, ouvrira par la suite un commerce de lingerie dans leur résidence à côté du garage; on pouvait s'y procurer surtout du tissu à la verge, des bas, etc. Ce petit magasin subsistera jusqu'au déménagement de leur maison plus loin sur la route 49 vers la fin des années 1950 (Mme Yolande Gariépy aujourd'hui) pour faire place à une nouvelle résidence bâtie sur le même site que l'ancienne.

À la même époque, Émilien Frenette, de Fortierville, acquiert le restaurant d'Alphonse Nadeau, à côté du moulin à scie, rue St-Georges. Au début de la paroisse, cette maison avait servi de chapelle en attendant la construction de la première église, en 1906. Cette bâtisse n'existe plus aujourd'hui, le terrain étant incorporé à la propriété de Me Normand Provencher. Émilien Frenette sera camionneur, commerçant de bois, déménageur de maisons, une pratique très répandue alors. Son épouse, Marie-Jeanne Leblanc, s'occupera du restaurant. Pour sa part, Alphonse Nadeau construira, rue Charland, l'une des rares maisons de Manseau avec des murs recouverts de pierres.

Aux élections provinciales de 1948, Alfred Savoie se porte candidat libéral dans le comté de Nicolet contre le député sortant de l'Union Nationale, Émery Fleury. Déjà, quatre ans auparavant, Alfred Savoie s'était présenté à la convention de son parti mais les militants libéraux lui avaient alors préféré le député libéral sortant, H.-N. Biron qui sera d'ailleurs défait par Émery Fleury aux élections du 8 août 1944. En ce temps-là, les citoyens prenaient les élections très au sérieux et les esprits s'échauffaient d'autant plus rapidement que les organisateurs de tous les partis distribuaient généreusement cigarettes et alcool pour se gagner des appuis. Ainsi, l'assemblée contradictoire traditionnelle qui devait avoir lieu à Bécancour, chef-lieu du comté de Nicolet, avant les élections et opposant les candidats Fleury et Savoie avec leurs bruyants supporters fut annulée à la demande du curé de l'endroit, l'abbé J.-A. Mélançon qui craignait un peu trop de brasse-camarade à son goût. Finalement, le 28 juillet 1948, Émery Fleury devait l'emporter par 207 voix sur Alfred Savoie surtout à cause du vote massif de la ville de Nicolet en faveur du candidat de l'Union Nationale; une défaite honorable si l'on considère que, cette année-là, les libéraux ne firent élire que 8 députés sur une possibilité de 92 dans ce qui devait être la plus éclatante victoire électorale de la carrière politique de Maurice Duplessis.

Chronique no 59

À la fin des années 1940, Arthur Drouin vend son hôtel "Lustucru" situé à l'arrière de M. Albert Geoffroy aujourd'hui. Cet hôtel portera dorénavant le nom d' "Hôtel Central" et deviendra la propriété de Jean-Paul Croteau. Mais Arthur Drouin semble bientôt regretter d'avoir vendu car, peu de temps après le décès d'Odilon Cajolet en 1949, il achète la grande maison de ce dernier, rue St-Albert, face au théâtre "Royal" et la transforme en hôtel. Il lui donne à nouveau le nom d' "Auberge Lustucru", un nom qu'il semble affectionner particulièrement. Manseau compte donc dorénavant deux hôtels concurrents, presque voisins. L' "Auberge Lustucru" sera exploité quelque temps par Charles-André Lemay, gendre d'Arthur Drouin mais peu après, cet hôtel change de nom et devient l' "Hôtel Manseau". Beaucoup plus tard, cet établissement abritera le "Jérico"; cette bâtisse n'existe plus aujourd'hui.

En 1949, le notaire J.-F. Paré, désireux de prendre sa retraite, remet sa démission à titre de secrétaire-trésorier des conseils municipaux et scolaires, paroisse et village. Jean-Paul Cotnoir le remplace dans ces fonctions. À la même époque, Georges-Henri Daigle acquiert le réseau téléphonique comprenant l'ancienne ligne de son père et celle d'Alcide Savoie que Joseph Charland avait regroupé en un seul réseau vers 1935. Armand Gaudreault et Ubald Blanchette exploitèrent également ce réseau téléphonique qui comptait 35 abonnés lorsque Georges-Henri Daigle en fait l'acquisition. En 1949 également, le Ministère des Transports recouvre d'asphalte la portion de la route 49 traversant le village et comprise entre la rue Charland et la limite du village dans le rang d'En-Haut.

Le 15 août 1949, M. Armand Anctil prend en charge la distribution de la malle rurale; il exercera ces fonctions jusqu'en novembre 1992, soit pendant plus de 43 ans. Il remplaçait ainsi son beau-frère, Fernando René, qui avait aussi assuré ce service d'avril 1948 à août 1949. Auparavant, Armand Bernier agissait comme postillon; à sa démission, Adrien Boucher l'avait remplacé temporairement, le temps pour Fernando René de prendre la relève. M. Armand Anctil sera aussi sacristain pendant 20 ans soit de 1955 à 1975 (il remplaçait Lionel Trottier, lui-même sacristain vers 1947 à 1955) et, finalement, chauffeur d'autobus scolaire à Manseau à compter du regroupement scolaire, de 1957 à 1977.

Chronique no 60

En décembre 1949, la grange-étable de la Savoyarde, propriété de François Savoie, est détruite par un incendie à la suite, semble-t-il, d'un problème électrique. Lors de l'incendie de la première grange-étable, en septembre 1931, Alcide Savoie qui en était propriétaire alors, se trouvait à la gare dans un train en partance pour Montréal où il avait rendez-vous le lendemain. De son siège du train, il avait assisté, bien malgré lui, au spectacle de la foudre s'abattant sur sa grange-étable et y mettre le feu. Il avait décidé de poursuivre son voyage comme prévu, réalisant qu'il n'y avait rien à faire et que le bâtiment était condamné qu'il soit présent ou non sur les lieux. Mais, cette fois, François Savoie ne reconstruira pas. MM. Wilfrid Dupont, Joseph Gervais, Gérard Gervais et Rolland Santerre y avaient travaillé pour ce dernier.

Le même mois, un autre incendie détruit l'ancienne maison d'Amédée Blanchette, rue St-Albert, entre la gare et l'édifice Dickson & Dumais. Après le décès de M. Blanchette en 1944, la maison avait été vendue et divisée en appartements. Au moment de l'incendie, M. Noël Paquin en était le propriétaire et la bâtisse logeait le restaurant de Noël Bécotte ainsi que le salon de barbier d'Alfred Dubois. Ce dernier eut tout juste le temps de sauver sa chaise de barbier; il ouvrira son salon de barbier peu après en haut du magasin de Jos Nobert. Des demoiselles Paquin, de Ste-Sophie, y tenaient également un salon de coiffure pour dames. Arthur Lefebvre, de retour d'un voyage à Nicolet vers 11:00 hres du soir avait donné l'alerte. Selon l'habitude, la sirène du moulin à scie retentit en pleine nuit pour attirer sur les lieux pompiers et volontaires tandis que Georges-Henri Daigle faisait un appel général téléphonique pour avertir la population: le téléphone de chaque abonné sonnait les cinq grands coups typiques de l'appel général et, en décrochant, tous pouvaient entendre simultanément le message provenant du central.

Ces incendies importants s'ajoutaient à d'autres survenus récemment de sorte que le conseil du village décida d'acheter un camion citerne muni de deux pompes, aspirante et refoulante, d'une capacité de 2,000 gallons. Le printemps suivant, on construira sur le terrain du moulin à scie, en arrière de chez Me Normand Provencher aujourd'hui, un garage pour abriter ce camion. En même temps, le conseil du village engage Amherst Mailhot à titre de constable spécial muni de certains pouvoirs pour ramener la paix: des citoyens se plaignaient en effet que des individus causaient du désordre ici et là. On ne sait si ces événements sont reliés mais, à la même époque, Ernest Lecomte, cultivateur du rang d'En-Haut, s'était fait voler 90 poches d'avoine dans sa grange, en pleine nuit, par des malfaiteurs fort audacieux.

Chronique no 61

Les années 1940 voient la disparition de plusieurs anciens citoyens ou fondateurs de la paroisse. On peut citer Pierre Leblanc, décédé en 1946, dont le nom apparaît parmi les premiers occupants du village en 1905; Joseph Sylvestre père, (d. 1947), arrivé à Manseau en 1910, il sera maire une dizaine d'années et maître-chantre plus de trente ans; Venant Lavoie (d. 1940), commis au magasin d'Alcide Savoie; Antoine Desrosiers (d. 1940); Zéphirin Ouellet (d. 1940); Ludger Lecomte (d. 1941); François Maheux (d. 1941); Émery Héon (d. 1943); Zéphirin Benoît (d. 1941); Pierre Lebrun (d.1942); Jim Desrosiers (d. 1944); François Fortier (d. 1947); Arthur Turcotte (d. 1948); Joseph Monfette (d. 1948); Alfred Pépin (d. 1945); Alcide Richer (d. 1946); Trefflé Lampron (d. 1947), du rang Belgique; Louis Turgeon (d. 1942) et Philippe Hamel (d. 1947), du rang d'En-Haut.

On remarque aussi le décès de deux des fondateurs du rang du Petit-Montréal: Édouard Lebrun père (d. 1945) et Aimé Grenon (d. 1943). Ils s'étaient établis dans ce rang en 1916 avec d'autres familles dont celles, entre autre, de Gilles Anctil, de Roch Forget ainsi que la famille Charland. Ces gens provenaient soit de Montréal même, comme Roch Forget, ou des environs de Montréal, d'où le nom Petit-Montréal. Roch Forget et son épouse, Flore Viau, occupaient la première terre en entrant dans le Petit-Montréal, côté sud du chemin et ils avaient pour voisins la famille Charland, qui ne restera pas longtemps à Manseau. En face de la terre des Charland se trouvait celle d'Aimé Grenon dont le fils Victor perdra la vie à la suite d'un tragique accident de chasse survenu en 1931, son frère Louis l'ayant confondu avec un animal sauvage. Plus loin dans ce rang se trouvaient, vis-à-vis, les terres de Gilles Anctil et d'Édouard Lebrun (François Chauvette aujourd'hui). On trouvait même, entre ces deux terres, en travers du chemin, une barrière signifiant qu'on n'allait pas plus loin dans ce chemin... Roch Forget, défricheur par choix en 1916 mais aussi machiniste de formation, retournera à Montréal vers 1944; sa maison sera déménagée au village, rue Savoie et deviendra la propriété d'André Paquin.

Mentionnons aussi le décès, en 1949, de Johnny Dubois, du rang d'En-Haut, qui avait, comme Joseph Dufour dans le rang d'En-Bas, une forge. Il est possible que la bâtisse ayant abrité la forge et l'atelier de soudure de Johnny Dubois ait été la toute première école bâtie dans le rang d'En-Haut, à côté de chez Mme Rita Vachon, lors de l'ouverture de ce rang à partir de 1904. Avec l'augmentation des élèves, cette école aurait été remplacée par une plus vaste construite au même endroit avant 1921 et l'ancienne école aurait été acquise par M. Dubois et déménagée chez lui pour abriter sa forge. Cette bâtisse existe toujours aujourd'hui chez Mme Léopold Lemay, l'ancienne propriété de Johnny Dubois.

Chronique no 62

 Au début des années 1950, Arthur Lavoie assume les fonctions de chef de gare de la station de Manseau. Au temps de Moose Park, le tout premier chef de gare avait été un frère de l'abbé Martial Manseau et ce, pendant environ un an. Il avait été suivi d'un M. René, de Réal Poulin et, à compter du début des années 1920, par Alfred Charron puis, enfin, Arthur Lavoie. Au fil des années, le chemin de fer, Intercolonial et Canadien National, allait procurer de l'emploi à plusieurs de nos paroissiens, dans différents corps de métiers dont, entre autre: Xénophon Marrier, Georges Taillon, Wilfrid Caron, Honoré Coulombe, Léon Santerre, Wilfrid Jutras, Norbert Jutras, Henri Geoffroy, Philippe Gervais, Albert Cloutier, Émile Bergeron, Georges Cantin, Jim Desrosiers, Joseph Duperron, Jacques Samson, Donat Cloutier, René Leblanc, Émilien Guertin, Maurice Desrosiers, Réal Roux, Émile Pinard, Guy Pelchat, Guy Maheux, Paulo Labonté, M. Bouchard, M. Hallé, M. Ferland, Rolland Bélair, Roger Maheux, Germain Labarre, Armand Geoffroy et ses fils Claude, Guy et André, Alcide Geoffroy, Rolland Vincent, Jean-Paul Hamel, Oscar Paris, Rolland Atkinson, Réjean Lajoie, Rolland Pressé, Marc DesLandes et Serge Boucher.

Manseau constituait à l'époque un centre régional en grande partie à cause du train. En plus des arrêts réguliers, le train s'arrêtait sur signal au besoin, certains jours de la semaine. De nombreux voyageurs de Manseau et des environs prenaient le train tandis que les wagons de marchandises s'entassaient dans la gare de triage, face au moulin à scie. L'entrepôt de la gare, construit à l'origine à l'est de la gare, avait été déménagé avant 1949 du côté ouest. En fait, le train servait au transport de tous les produits imaginables. Certains cultivateurs, dont Richard Dubois et, surtout, Irenée Labonté, achetaient à l'occasion un wagon de moulée qu'ils mélangeaient par la suite pour revendre à d'autres cultivateurs.

Les déraillements faisaient partie de la vie à Manseau et, s'ils alimentaient les conversations, ils ne surprenaient plus personne. Un déraillement important était survenu en février 1948 à deux milles et quart du village (4km), une quinzaine de wagons ayant quitté la voie au milieu d'un convoi de fret. L'incident avait retardé de plusieurs heures les autres convois dont le "Ocean Limited" et le "Scotian" (à l'époque les trains portaient des noms comme les bateaux, par exemple). Un autre déraillement spectaculaire eut lieu à l'automne 1950 quand dix-neuf wagons d'un convoi de marchandise quittèrent la voie en plein village. Le quai de la gare fut détruit complètement, l'entrepôt de bois du moulin à scie situé au sud de la voie ferrée, face à la gare, fut légèrement endommagé; les rails furent tordus sur une longueur d'un mille (1.6km).

Chronique no 63

Le train domine encore les transports mais, signe que les temps changent, on commence, fin des années 1940 début 1950 à ouvrir les chemins l'hiver à la circulation automobile. Auparavant, seules les voitures tirées par les chevaux circulaient l'hiver, on remisait les automobiles de décembre à avril. On "roulait" les chemins même au village: des chevaux tiraient un rouleau qui aplanissait la neige, celle-ci durcissait et les chevaux pouvaient y circuler avec voitures et traîneaux (sleighs). Généralement, un résidant d'un rang prenait à contrat le "roulage" de son rang et tous les propriétaires se répartissaient les coûts entre eux, soit environ $2.00 par propriétaire, par hiver.

L'ouverture des chemins d'hiver se fit de façon progressive à Manseau. Il y avait Maurice Savoie qui détenait l'agence régionale d'Imperial et qui devait ravitailler en produits pétroliers ses clients de l'extérieur. Il utilisait un bulldozer tirant plusieurs traîneaux (sleighs) chargés de réservoirs. Mais, lorsque les conditions s'y prêtaient, il disposait aussi d'un camion-citerne équipé d'une charrue: en effectuant ses livraisons, il ouvrait la voie aux autres. Le véritable tournant se produisit toutefois lors de la création de l'Association des chemins d'hiver qui regroupait les municipalités situées le long de la route 49 (rte 218). Ce comité coordonnait l'entretien de cette route l'hiver entre les différentes municipalités. Ainsi, à l'hiver 1949-50, la route 49 était ouverte aux automobiles à partir de St-Pierre-les-Becquets jusqu'à l'actuelle Trans-Canadienne. Les rangs durent patienter quelques années avant d'être ouverts l'hiver à l'automobile à leur tour. Alfred Savoie obtint le contrat d'entretien des chemins d'hiver à Manseau. Il utilisait trois camions de l'armée avec charrue dont Ovila Leblond était le premier chauffeur: il roulait souvent jour et nuit dans des conditions pénibles. On disposait aussi d'un tracteur Ford équipé d'un souffleur. Philippe Smith entretiendra aussi les chemins d'hiver; il se servait, à l'occasion, d'un bulldozer pour pousser la neige. Ce travail représentait un défi considérable à l'époque: l'équipement n'était pas aussi puissant que celui d'aujourd'hui, les chutes de neige y étaient plus abondantes et la poudrerie, presque constante, balayait la neige sur des chemins bas et étroits, très faciles à fermer. Il faudra attendre l'hiver 1955-56 pour qu'Alphonse Charland prenne la relève de l'entretien des chemins d'hiver; avec une façon de faire différente et un meilleur équipement, il connaîtra plus de succès que ses prédécesseurs.

Ceux qui se croyaient tirés d'affaire avec la fonte de la neige au printemps devaient ensuite affronter les redoutables ventres de boeuf qui, sous des apparences inoffensives, parsemaient les chemins de gravier ou de terre battue lors du dégel. Heureusement, il y avait des tracteurs ici et là pour dépanner les automobilistes imprudents ou téméraires qui revenaient, avec une fidélité touchante, année après année, s'enfoncer jusqu'aux essieux dans les mêmes trous, aux mêmes endroits...

Chronique no 64

Le 26 septembre 1950, le conseil 3317 des Chevaliers de Colomb de Manseau se voit attribuer sa charte de fondation. Le premier Grand Chevalier en sera Maurice Savoie. Autrefois, le territoire de Manseau relevait du conseil des Chevaliers de Colomb de Nicolet: les deux derniers citoyens de Manseau initiés sous l'autorité du conseil de Nicolet furent Télesphore Soucy et François Savoie, en 1938. Puis, Manseau passera sous la juridiction du conseil de Deschaillons et ce, jusqu'à l'émission de sa propre charte, le 26 septembre 1950. La première initiation tenue à Manseau aura lieu fin 1952 au Collège Sacré-Coeur, construi